À la une Portrait

Katharine Neil
/ La néo-zélandaise dionysienne

Elle voulait être pianiste mais c’est dans le registre des « serious games » que cette native du pays des Blacks fait ses gammes. Avec comme partition son combat pour le droit des migrants.
Katharine Neil dans le labyrinthe du parc de la Légion d'honneur, à Saint-Denis
Katharine Neil dans le labyrinthe du parc de la Légion d'honneur, à Saint-Denis

Ses parents assassinés par la police iranienne, Mustafa a payé des passeurs pour rejoindre l’Australie. Après trois mois derrière les barbelés du centre de rétention de Woomera, sa demande d’asile est rejetée. Craignant pour sa vie s’il est renvoyé en Iran, Mustafa apprend alors qu'un groupe de détenus prépare une évasion...

La suite ? On ne la connaîtra pas. Escape from Woomera, le jeu sur PC que Katharine Neil avait entrevu, n’a jamais dépassé le stade de la démo. « On voulait que le jeu parle des conditions de détention des réfugiés, mais ça a déclenché une grosse polémique en Australie. Le ministre de l’immigration nous a carrément accusés de promouvoir des activités illégales, et le ministre de la culture a demandé un audit des bourses à la création parce qu’on avait reçu une aide », se souvient Katharine Neil.

Aujourd’hui, à l’heure des « serious games », la question de savoir si les jeux peuvent traiter de sujets d’actualité sans les trivialiser ne fait plus débat, et Escape from Woomera, ou ce qu’il en reste, poursuit une existence semi-légendaire dans les cercles avertis. En 2013, dix ans après sa naissance avortée, il a été nommé « l’un des premiers et toujours l’un des plus importants jeux vidéo au contenu politique » par ABC, la grande chaine publique australienne. « Ca fait quinze ans et c’est toujours mon titre de gloire », s’amuse Katharine Neil. «Il faudrait que je me dépêche de faire un autre truc bien. »

C’est la musique qui l’a menée là. Katharine voulait être pianiste. La musique électronique l’entraîne vers le design son puis l’écriture de jeux vidéo. Elle travaille sur de grosses franchises (Transformers, Men In Black, Le Mans) et sur des projets personnels comme son jeu Alone in the Park, succès critique, échec commercial. « Peut-être que ma carrière aurait été meilleure si je n’avais pas passé les dix dernière années à essayer d’immigrer... Mais au moins j’ai la chance d’habiter en France ! » A Saint-Denis précisément, à 18 500 km de sa Nouvelle-Zélande natale.

Il y a quinze ans, le studio australien qui l’emploie est racheté par une firme française, Infogrames. Katharine demande — « constamment » — à être mutée. En vain. Qu’à cela ne tienne, elle débarque avec son vélo pour découvrir le pays en touriste. Les gens lui plaisent, la bouffe aussi (« Les Anglo-Saxons ne comprennent pas le fromage… »). La militante pour les droits des migrants en Australie se met à son tour en quête d’un permis de travail. Dans la file d’attente du bureau des étrangers, à Bobigny, sa blondeur et son accent anglais détonnent un peu.

Aujourd’hui, elle travaille en freelance et sa carte de séjour vient d’être renouvelée. « J’ai écrit à la préfecture que je m’intégrais bien dans la communauté dionysienne : j’ai rejoint la Diony’Coop, le SDUS kung-fu… J’ai dit : « Bien que je sois probablement la seule néo-zélandaise de Saint-Denis, je me sens chez moi ici. »

Une dernière chose l’étonne encore : la Maison d’éducation de la Légion d’honneur, qu’elle verrait bien transformée en école locale. « On peut toujours me répondre que je ne suis pas d’ici, mais de l’extérieur c’est vraiment une contradiction grotesque de trouver ça dans le pays qui a guillotiné un roi. Je mets au défi n’importe quel républicain de m’expliquer ça ! »


Réactions

Joli parcours ! La remarque de Katherine sur la Maison de la Légion d'honneur est d'une grande pertinence : je me suis moi-même souvent fait cette réflexion.

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