Portrait

Camille
/ La fête comme raison d’être

Transgenre. Elle n’apparaît que dans les grandes occasions, festives de surcroît. Et entraîne dans son sillage qui veut la suivre dans de folles soirées dionysiaques.

« On ne me croit jamais quand je dis que j’ai 43 ans. » C’est vrai que Camille ne fait pas son âge, avec ses cheveux bleu électrique, son maquillage de magazine, ses talons aiguilles et sa petite jupe ajustée. Hyper à l’aise dans ce look d’enfer, elle s’en est composée toute une garde-robes, qu’elle ne sort que pour les grandes occasions, car elle veut rester « exceptionnelle ». Camille l’extravagante, l’extravertie, qui adore jouer avec les codes de la féminité, n’est pas une personne de la vie quotidienne. Pour être conciliable avec un train-train dont elle nous autorisera juste à dire qu’il est plutôt « classique et conventionnel », son existence se doit d’être événementielle. Un genre de papillon, beau comme le jour et éphémère comme la nuit, qui est sorti de son cocon il y a un an. « Cette partie de moi qui était enfouie, j’ai décidé de la libérer, de la laisser s’exprimer. »

« J'ai eu l'impression de me révéler »

Sa première métamorphose, c’était lors d’une soirée costumée entre potes. C’est à cette occasion que Camille a réalisé qu’elle n’était pas juste un déguisement pour faire la fête. « Ce n’est pas comme si je m’étais cachée derrière un personnage. Au contraire, j’ai eu l’impression de me révéler. » Ce premier lâcher prise qui la rend « heureuse », en appelle d’autres. Pour elle, la fête n’est pas qu’un divertissement. C’est sa principale raison d’être et ce qui conditionne chacune de ses apparitions. En la matière, Camille ne laisse aucune place à l’improvisation. « Quand je décide de me transformer, j’y passe des heures. Et quand enfin je vois le résultat, je me trouve belle, je me sens épanouie. J’ai envie de sortir, de me montrer, de danser, de profiter. Dans la rue, je ne vois que des sourires et des regards complices. Et je me dis que si les gens me regardent, c’est parce que j’ai les cheveux bleus et pas parce que je suis une personne transgenre. »

Camille a le bonheur communicatif et la bonne humeur contagieuse. Mais dans sa ville qu’elle adore, les occasions de se lâcher sur le dancefloor ne sont pas légion. Qu’à cela ne tienne. Le 4 mars 2017, Camille décide de passer à l’action. Avec toute une équipe de bénévoles motivés, elle organise sa première fiesta dionysienne au bar Le Pavillon, avec « DJette » aux platines, sono endiablée et décor branché. Tout est dans le titre. Une « Folle soirée dionysiaque » pour se décaler de l’ordinaire, pour ne se prendre ni la tête ni au sérieux, et simplement profiter, rire et danser, si possible costumé. La soirée est ouverte à toutes et tous, avec pour seul impératif de venir « comme vous êtes, comme vous aimeriez être, comme vous le sentez, comme vous voulez ». C’est qu’avec Camille, on ne badine pas avec le respect et la tolérance, l’inclusion et la bienveillance. « Tout le monde doit se sentir accueilli-e et bienvenu-e. »

Cette première tentative est un succès. Elle remet ça le 13 mai, puis le 24 juin. Le public est unanime, les soirées de Camille, ça cartonne. Et quand vient la Fête de l’Huma, c’est à elle que le PCF de Saint-Denis fait appel pour mettre la folie dans son stand. Le 14 octobre, rebelote, elle investit avec fanfare et « DJette » la piste du chapiteau Rajganawak. Là encore, le concept fait salle comble. Le 15 décembre sonne déjà l’heure de la 6e édition. Celle qui n’en finit pas de gagner en popularité prépare son grand retour au Pavillon. Surprise, elle a même prévu de délaisser un peu le dancefloor pour se mettre aux platines. Las, l’événement a dû être annulé le matin même, à cause de voisins qui se sont plaints des nuisances sonores. C’est peu dire qu’elle était déçue. Mais la fête vaincra. D’autres folles soirées dionysiaques verront le jour. L’histoire de Camille ne fait que commencer.


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