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/ La cerise sur les JO

Mercredi 15 novembre, World Rugby a attribué l’organisation de la 10e Coupe du monde à la France. Une annonce inattendue, alors que l’Afrique du Sud partait favorite. Entre septembre et octobre 2023, le Stade de France accueillera plusieurs matches, dont la finale. Quelques mois avant les Jeux olympiques et paralympiques, Saint-Denis sera déjà la capitale du sport mondial. Le retour de la Coupe du monde de rugby (lire ci-contre), une bonne nouvelle pour la ville ? C’est la question que le JSD a posée à sept personnalités.

Laurent Russier, maire de Saint-Denis 

« Comme pour les Jeux olympiques, cette décision vient saluer les capacités d’accueil, les infrastructures efficaces, la force de mobilisation d’une ville qui accueille les plus grands événements sportifs mondiaux depuis 20 ans. Notre implication dans la candidature nous permettra de continuer à défendre l’idée de sport populaire parce que cette Coupe du monde doit se faire par les habitants et pour les habitants. Par les habitants, parce que nous veillerons à ce qu’ils puissent être porteurs d’initiatives afin d’être acteurs de la grande fête sportive. Pour les habitants, parce que tout le monde doit pouvoir profiter d’un événement qui se passe sur son territoire, que ce soit par l’emploi, ou tout simplement pour l’amour du spectacle. Le monde sportif dionysien, en particulier celui du rugby, doit pouvoir bénéficier des retombées, financières et logistiques, d’un événement de cette envergure. »

Bally Bagayoko, maire adjoint aux sports et aux grands événements, emploi, insertion et formation

« C’est une heureuse surprise qui honore le territoire et prend à contre-pied l’image ternie que ses détracteurs en renvoient. Maintenant être terre d’accueil de grands événements est une responsabilité supérieure, car ces grands événements doivent servir les intérêts du territoire en même temps qu’ils servent à promouvoir la ville et sa population. C’est donc une chance de recevoir de nouveau la Coupe du monde de rugby, même si à l’instar des Jeux olympiques elle n’estompera pas les grandes difficultés que nous connaissons. Il faut prendre ce que nous pouvons prendre de cet événement, notamment en matière d’emploi. Pour ce faire il faut que les villes hôtes de la Coupe du monde soient entendues dans leurs exigences. C’est aussi l’occasion de réinterroger les choix du gouvernement en matière de sport. La baisse annoncée des crédits du Centre national de développement du sport contredit la confiance mise en nous par les instances internationales qui nous confient l’organisation de grandes compétitions. »

Bernard Laporte, président de la Fédération française de rugby

« L’organisation de cette Coupe du monde 2023 en France, dans neuf villes dont Saint-Denis, est bien sur une immense satisfaction et une immense joie. D’abord et très égoïstement pour le rugby (rires) car cela va mettre en avant notre sport. En termes de notoriété il n’y a pas meilleur événement que l’organisation d’une Coupe du monde à domicile. Ensuite, cela va générer beaucoup d’argent pour nous permettre de développer le rugby amateur. Enfin, il s’agit de retombées économiques considérables pour tout le pays : on parle d’une économie d’environ 1 milliard d’euros et de 17 000 emplois créés ou sauvegardés. Nous avons donc une perspective très positive pour les six ans à venir. Après l’attribution des JO 2024 où le rugby à 7 sera représenté, c’est une merveilleuse nouvelle pour notre fédération. Pour un club comme le Sdus, cette Coupe du monde 2023 va avoir un impact considérable en termes de recrutement : cela va donner envie aux jeunes du département et d’ailleurs de jouer au rugby. »

Victoria Chabran, présidente de l’union des associations des riverains du Stade de France

« Pour nous il y a l’ordinaire et l’exceptionnel. La Coupe du monde de rugby vient s’ajouter à nos préoccupations récurrentes au sujet des manifestations régulières qui ont lieu au Stade de France. Maintenant le public du rugby est plutôt sympathique et apaisé. Il ne nous fait craindre aucun débordement. En 2007, au final c’est plus le très sonore village Rugby Color qui nous avait posé souci. Nous accueillons ce nouvel événement avec grand intérêt. C’est une marque de prestige pour notre territoire. Et bien sûr nous resterons vigilants au respect des habitants et des espaces publics. Cette Coupe du monde de rugby sera un prologue aux Jeux olympiques 2024 et en comparaison les JO apparaissent comme une expérience hors norme. Nous avons déjà l’expérience d’une Coupe du monde de rugby, c’est donc moins l’inconnu. »

Mathieu Hanotin, conseiller départemental délégué au sport et à l’organisation des grands événements

« Je crois que tout le département est extrêmement heureux de cette belle surprise. C’est bien aussi de gagner quand on n’est pas donné favori. Je suis d’autant plus heureux à titre personnel que le rugby est vraiment mon sport de prédilection. Je me souviens encore d’un match pas si lointain où nous avions affronté avec le Quinze parlementaire les vétérans du Sdus. J’avais joué demi de mêlée. Maintenant la question centrale est celle des retombées pour le territoire. Je ne connais pas la teneur du document qui engage la Ville avec le comité d’organisation. C’est une question d’autant plus importante depuis la suppression de la taxe sur les spectacles. Comment ne pas voir que depuis des années on transfère les charges de ces événements sur les pouvoirs publics et pas les recettes. La Coupe du monde de rugby doit être un vecteur de progrès social et un mois de fête pour la ville. »

Kévin Malithe, prof d’EPS au collège Iqbal-Masih, responsable de l’AS rugby

« C’est forcément une bonne nouvelle d’accueillir la Coupe du monde de rugby à Saint-Denis. Cela va donner une visibilité supplémentaire au rugby mais aussi au territoire. Un engouement populaire peut se créer. On pourrait avoir plus de licenciés dans les clubs et les associations sportives (AS) des collèges et des lycées. Il faut aussi voir si le Mondial va permettre de développer la pratique amateur. Mais c’est aussi un événement financier. La question va être comment la Ville va faire pour inclure les Dionysiens, en donnant par exemple des places aux matches au Stade de France, qu’elle pourrait répartir entre les écoles et les associations. Parce qu’accueillir le Mondial, c’est bien, mais le partager, c’est mieux. On doit être acteur, pas seulement spectateur, voire étranger à l’événement. La Coupe ne doit pas être dans une bulle, en dehors de la ville. »

Olivier Glévéo, président du Sdus rugby

« La Coupe du monde 2007 en France avait été un vrai tremplin pour le club. On aimerait retrouver cette dynamique-là : nous avions doublé les effectifs de l’école du rugby. Cette génération de joueurs avait fait tout le parcours : minimes, cadets et juniors. Ce sont des garçons que l’on peut retrouver aujourd’hui sur le terrain avec l’équipe première ! Pour le club, et pour Saint-Denis, être ville hôte est un levier que nous allons devoir exploiter. Nous devons travailler en amont, avec la direction des sports et de la jeunesse, pour mettre en place des actions auprès des scolaires. L’objectif est d’avoir en 2023 un vivier de jeunes qui soient intéressés par cette Coupe du monde car familiarisés au rugby. En 2007, l’événement avait aussi permis au club d’attirer de nouveaux partenaires. Nous avons donc de bons espoirs de ce côté-là. Ce sera très important pour pérenniser le club en Fédérale 2. ».

Recueillis par Yann Lalande, Aziz Oguz, Corentin Rocher

 

2023 en chiffres et en sous

48 matches programmés.

500 millions de recettes escomptés dont 68 millions pour la Fédération française de rugby (le reste pour World Rugby) qui devraient bénéficier majoritairement au rugby amateur.

Entre 1,9 et 2,4 milliards d’euros de retombées économiques selon le cabinet Deloitte et 17 000 emplois préservés ou créés à la clé.

450 000 visiteurs étrangers attendus et 2,7 millions de billets en vente.

119 millions d’euros de taxes additionnelles pour l’État

 

Bons souvenirs de 2007

Elle n’a laissé que des bons souvenirs, la 6e édition de la Coupe du monde de rugby. Sauf peut-être aux joueurs de l’équipe de France, défaits deux fois sur leurs trois sorties au Stade de France (en ouverture contre l’Argentine et en demi-finale contre l’Angleterre). Pour le reste, 10 ans après, on se rappelle au moins autant des 30 concerts donnés dans le cadre du Festival ovale que de la victoire des Springboks (surnom de l’équipe d’Afrique du Sud) de Bryan Habana (meilleur marqueur d’essai de la compétition), 15-6 en finale face aux Anglais de Jonny Wilkinson. L’événement s’était ouvert sur une sorte de carnaval géant dans les rues de Saint-Denis. La Mêlée des mondes avait mobilisé 44 associations et 1 000 Dionysiens et attiré 15 000 spectateurs. Un peu moins que les 120 000 spectateurs venus voir sur scène tout au long de la compétition : les Wampas, Rachid Taha, Zebda, The rakes ou encore Sanseverino. À l’époque, la Porte de Paris n’était encore qu’un vaste terre-plein qu’on venait de débarrasser des débris de l’ancienne gare routière. De quoi implanter une belle fan-zone : le village Rugby Color. En plus des concerts on pouvait y partager des retransmissions de matches sur écran géant. La Coupe du monde 2007, ce fut aussi les neuf conférences du Forum mondial des sports, qui donnèrent la parole à 92 intervenants de 21 pays. C’était aussi l’exposition Allez les petits, salle de la Légion d’honneur, vue par 3 000 enfants des écoles et centres de loisirs de la ville. 3 000, c’est également le nombre de Dionysiens invités à aller voir une des sept rencontres au Stade de France. Des Dionysiens qui en plus de profiter du spectacle avaient bénéficié de la taxe sur les spectacles (supprimée en 2015). 6,5 millions d’euros étaient retombés dans les caisses de la Ville, pendant que 14 entreprises locales garnissaient leurs carnets de 2 millions d’euros de commandes. En 2007, entre les barres, le rugby était chez lui.

YL

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