Portrait

Nicolas Mathey
/ L’homme-orchestre

Multitâche. Directeur de l’école maternelle Bas-Pré, critique littéraire à l’Humanité, président de la section tennis du Sdus, doctorant en philo à Paris 8, Nicolas Mathey fait feu de tout bois. Depuis 47 ans, avec lui à Saint-Denis chaque 24 h compte plus qu’ailleurs.

On dit parfois des hommes pour les taquiner qu’ils sont incapables de faire deux choses en même temps. Ceux qui disent ça n’ont sans doute jamais croisé Nicolas Mathey. Ce lundi, c’est le début des vacances scolaires. Nicolas ne se rendra donc pas à l’école maternelle Bas-Pré où il exerce son métier d’instituteur depuis quinze ans. Pour autant, l’agenda n’est pas vide. Après avoir tapé dans la petite balle jaune sur les courts en terre battue de Delaune, Nicolas doit envoyer deux critiques de livre avant 16 h à la rédaction du journal l’Humanité. « De fait, si je n’habite plus Saint-Denis depuis 2011, après y avoir vécu toute ma vie, il ne se passe pas un jour sans que j’y vienne », constate Nicolas. Quand beaucoup ne font que passer à Saint-Denis, pour lui cette ville c’est toute sa vie.

En 1949 ses grands-parents font partie des premiers habitants de la cité Langevin, « au milieu des champs à l’époque ». Ses parents se sont rencontrés au lycée Paul-Éluard, où il a lui-même rencontré sa future épouse quelques années plus tard. Petit, il a joué avec les copains dans les nombreux terrains vagues et fréquenté les cours de guitare de la fantastique Amelia Mazarico au conservatoire. Pendant ses études, il a travaillé en tant que permanencier (celui qui recevait les dépêches et les fax) au siège de l’Huma et a collé des affiches partout en ville pour le TGP.

« Le rôle social de l’école dans des territoires comme celui-ci »

« Puissante, charnelle, intime, » c’est ainsi que Nicolas Mathey qualifie la relation avec sa ville. « Une ville qui dit l’avenir », comme le mentionnait le papier à en-tête de la municipalité, dans sa prime jeunesse. Une ville qui abrite aussi beaucoup de souffrances humaines. « En réponse, il y a un degré de mobilisation plus élevé qu’ailleurs chez les enseignants. Il faut être inventif pour assumer tous les jours le rôle social de l’école dans des territoires comme celui-ci. Il y a un rapport très fort avec les familles, particulièrement en maternelle. Nous sommes en première ligne face à la très grande misère. »

Jamais découragé, « sinon il faut changer de métier », même face aux situations les plus compliquées, M. le directeur est un chaud partisan de l’innovation en matière d’enseignement. Il met ainsi en œuvre la pédagogie Freinet et après avoir obtenu son master 2 de philosophie en 2016 (« j’ai mis quatre ans, quand on fait plein de choses, la contrepartie c’est que tout est plus long »), Nicolas Mathey vient de se lancer dans une thèse. Son sujet : Spinoza et les pédagogies de l’émancipation.

Ressource de talents

Mais parfois notre Dionysien multitâche ressent le besoin de s’extraire de « ce milieu très exigeant qu’est l’école. Lire et critiquer des ouvrages de philo, faire des études, ça sort du quotidien et ça fait penser à autre chose ». S’investir dans le monde associatif aussi. En janvier 2017, alors que la section tennis du Sdus, où il est licencié depuis vingt ans, ne se porte pas très bien (« Ça me faisait trop mal au cœur »), il se propose de la relancer avec huit autres adhérents. « La tâche n’est pas facile, mais les débuts sont encourageants. Nous avons enregistré 10 % d’adhésions en plus cette saison. Le tennis pourrait avoir un public plus large. Nous sommes deux fois moins nombreux que dans les années 1980. Et c’est un cercle vicieux : moins il y a d’adhérents, plus le coût de la licence augmente. »

Jamais fatigué, Nicolas Mathey a également monté récemment un atelier d’échecs dans l’école élémentaire à côté de la sienne. Il faut dire que notre homme-orchestre a un puissant moteur : « Les enfants de Saint-Denis sont souvent brillants. S’ils étaient mieux accompagnés on en ferait des prodiges. Le pays se prive malheureusement d’une incroyable ressource de talents, faute de mettre suffisamment de moyens dans la correction des inégalités. » Et c’est pour ça que Nicolas Mathey se démultiplie.


Réactions

Nicolas Mathey est vraiment digne de son papa, mon ami: Jacques Mathey: le Président du Centre Culturel Communal de Pierrefitte. Notre véritable représentant de toute la Culture pierrefittoise ! Vous voyez chez les Républicains, nous savons reconnaitre le talent de certains...même si leurs idées politiques sont complètement à l'opposé des nôtres ! Pour Nicolas Mathey, c'est d'abord l'Homme et sa ville de St Denis qui prime, pour Jacques Mathey et moi-même, c'est aussi d'abord l'Homme qui prime puis notre commune si chère à notre cœur: Pierrefitte Sur Seine ! RENARD JEAN PIERRE CONSEILLER MUNICIPAL LR DE PIERREFITTE
Bravo Nicolas !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! C’est coooooooooooooool.
Bel éloge. Fierté ! Nicolas doit beaucoup et surtout à son grand père Lucien, formidable intellectuel autodidacte.

Réagissez à l'article

(ex. : votre.nom@fournisseur-internet.com) Cette adresse ne sera pas publiée sur le site.
Merci de prendre connaissance de la charte des commentaires ci-dessous.

Principes de modération

Les commentaires postés sur lejsd.com sont modérés avant publication par l’équipe éditoriale.
Les commentaires sont ouverts les quatre semaines suivant la mise en ligne des contenus.
Les messages sont publiés dans leur intégralité ou supprimés s’ils sont jugés non conformes à la charte.
L’internaute est responsable des commentaires qu’il poste. L’équipe du JSD se réserve le droit de retirer tout commentaire si elle l’estime nécessaire pour la bonne tenue des échanges.
La modération dans l’immédiat a lieu du lundi au vendredi, en horaires de jour.
Lorsqu’un internaute poste plusieurs fois le même commentaire, l’équipe du JSD n’en publie qu’une version.

Pseudonymes

Il n'est pas autorisé de choisir comme pseudonyme le nom d'une autre personne physique ou morale (entreprise, institution, etc.) ou d'utiliser un nom similaire à celui d'un autre internaute dans le but de créer une confusion.
Les noms contenant des allusions racistes, sexistes ou xénophobes sont proscrits.
Si un internaute utilise plusieurs pseudonymes pour commenter, le JSD se réserve le droit de supprimer ces comptes, sans préavis.

Contenus illicites et prohibés

Le contenu des commentaires ne doit pas contrevenir aux lois et réglementations en vigueur. Le JSD supprimera tout commentaire contrevenant à la loi, ainsi que tout commentaire hors-sujet, répété plusieurs fois ou grossier.
Sont notamment illicites les propos racistes, antisémites, sexistes, homophobes, discriminatoires, diffamatoires ou injurieux, incitant à la violence (y compris les appels à la restauration de la peine de mort) ou à la haine raciale, niant les crimes contre l’humanité et les génocides reconnus, faisant l’apologie des crimes de guerre et du terrorisme ; justifiant des actes violents et des attentats.
Sont également proscrits : les propos de nature pornographiques, pédophile ou délibérément choquants ; les atteintes à la présomption d’innocence, l’usurpation d’identité, l’incitation à la commission de crimes ou de délits, l’appel au meurtre et l’incitation au suicide et la promotion d’une organisation reconnue comme sectaire…
Il est également interdit de divulguer des informations sur la vie privée d'une personne, de reproduire des échanges privés et d’utiliser des œuvres protégées par les droits d'auteur (textes, photos, vidéos...).
Actuellement la publicité est interdite sur lejsd.com Les liens promotionnels sont proscrits mais la publication d’un lien vers un site commercial en lien direct avec le sujet dont il est question dans le programme ou le fil de commentaires peut être tolérée, si elle apporte un complément d’information utile à l’internaute.
Le JSD se réserve le droit de supprimer tout commentaire contenant des propos agressifs visant des personnes, notamment les autres commentateurs.
La suppression d’un commentaire entraîne celle des réponses qui lui ont été faites.
Pour contester une modération, merci d’écrire à info@lejsd.com.

CAPTCHA
Ce champ nous permet de vérifier que vous n'êtes pas un robot spammeur