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Pan d’histoire
/ Il faut sauver la fresque du Barrage

L’œuvre monumentale, un ciment gravé, trône sur l’un des frontons du dépôt de bus, place du Général-Leclerc. Réalisée par Jean Amblard en 1965, elle représente la bataille pour la libération de Saint-Denis d’août 1944. Un comité s’est créé pour la préserver des outrages du temps.
La fresque de Jean Amblard, au lieu-dit du Barrage, à l'intersection de l'avenue de Stalingrad et de la rue Péri. (©) Yann Mambert
La fresque de Jean Amblard, au lieu-dit du Barrage, à l'intersection de l'avenue de Stalingrad et de la rue Péri. (©) Yann Mambert

La fresque tombe en décrépitude sous le regard placide des automobilistes qui défilent nuit et jour à ses pieds et ne la remarquent peut-être même plus. Inaugurée en 1965, l’œuvre monumentale installée sur l’un des frontons du dépôt RATP, place du Général-Leclerc (lieu-dit du Barrage, à l’intersection de l’avenue de Stalingrad et de la rue Gabriel-Péri), est aujourd’hui menacée par l’humidité qui s’est infiltrée et qui fragilise sa structure. Un comité pour sa préservation a été créé début octobre par des membres de l’Association des Anciens Combattants de la Résistance (ANACR). 

« Nous souhaitons informer les citoyens et leur montrer que cette œuvre fait partie du patrimoine dionysien, explique Guy Frézoul, le président de l’ANACR. Ce que l’on veut, c’est alerter les autorités publiques et solliciter la Ville mais aussi la RATP pour sa remise en état. » Pour ce faire, le « comité de sauvegarde de la fresque du Barrage » organise le 16 novembre de 18 h à 20 h une assemblée publique à la Maison de la vie associative. Pour l’heure, la municipalité a engagé le montage d’un dossier et étudie la question des financements. Quant à la société de transports parisiens qui possède le mur sur lequel repose ce tableau monumental, le dossier est en cours d’analyse.

« C’est un hommage au peuple »

Réalisé par Jean Amblard, ce ciment gravé – technique brevetée par l’artiste dionysien lui-même – représente la bataille pour la libération de Saint-Denis. Chaque année, c’est un point de passage obligé dans le parcours protocolaire des commémorations de la Libération. Sous cette représentation, une plaque rend hommage aux résistants membres des Forces françaises de l’intérieur (FFI) tombées sous les balles allemandes. En août 1944, le « Barrage » a été le théâtre des affrontements entre les garnisons allemandes et les FFI et ce, jusqu’au 26 août, soir du dernier bombardement de la Luftwaffe. Les ouvriers de l’usine Hotchkiss installée non-loin ont pris part aux combats en livrant un char aux Francs-tireurs et Partisans (groupe armé intégré aux FFI dès 1943), épisode que décrit ce tableau épique. « C’est un hommage au peuple, à la classe ouvrière qui a eu le courage de se lever, rapporte Hélène Amblard, la fille de Jean. L’humanité, ce n’est pas une chose acquise, elle se construit sans cesse. » 

Résistant, Jean Amblard l’était lui aussi. Après un voyage périlleux qui l’amène à Dunkerque, Londres, en Belgique et en Auvergne, sa terre natale, il finit par rejoindre clandestinement Paris et le Front national des arts contre le fascisme. Son responsable n’est autre que Louis Aragon. En 1933, il avait déjà adhéré à l’association des écrivains et artistes révolutionnaires pour « encourager une culture ouvrière face au fascisme ». Un de ses tableaux engagés exposés au Salon d’automne de 1943 lui vaut la visite de soldats allemands à son domicile à Paris. À la suite de cet épisode d’intimidation, il décide de partir pour le Limousin où il aidera les réseaux de maquisards de Guingouin, « le préfet des maquis ». En 1963, il viendra s’installer à Saint-Denis rue Auguste-Delaune. 

Cette expérience inspirera à Jean Amblard les toiles monumentales Les Maquis de France. D’abord destinées au hall du Théâtre Gérard-Philipe, elles orneront finalement la salle de la Résistance de l’hôtel de Ville de Saint-Denis. Elles furent réalisées sur commande de l’État en la personne d’Ambroise Croizat en 1946. Comme pour la fresque du Barrage, ces panneaux « témoignent de l’action de ceux qui sauvèrent l’honneur de la Nation profanée », écrivait Taslitzky, ami de l’artiste. « Son ciment gravé peut résonner auprès des petits dionysiens », affirme Hélène Amblard. 

Maxime Longuet 

Assemblée publique organisée par le « comité de sauvegarde de la fresque du Barrage », jeudi 16 novembre, de 18 h à 20 h, à la Maison de la vie associative (19, rue de la Boulangerie).
 

Réactions

Ne pas oublier de citer que lors des combats au "Barrage" c'était Henry BULLIARD grand résistant , chef des FFI , qui commandait les troupes. Quand lui donnera -ton un nom de rue à Saint-Denis ? (son histoire a été déposée aux Archives de la ville).
Bonjour, bien sûr qu'il faut sauvegarder cette fresque qui est une étape mémorielle dans l'histoire de notre ville. Mais c'est aussi l'occasion de redécouvrir Jean Amblard et son œuvre artistique. Jean était un homme exceptionnel, comme on en rencontre peu au cours d'une vie. c'était un homme doux et fort en même temps, très déterminé dans ses convictions et d'un abord extrêmement bienveillant... son humanisme est visible dans ses peintures qui sont à la fois très élaborées et pourtant faciles à comprendre par tout le monde. Cet article du JSD m'a rappelé nos rencontres quand il habitait dans un HLM de l'avenue du Cl fabien, au-dessus de la supérette (la "coop", pour les anciens du quartier). Il m'avait raconté comment il avait travaillé pour cette fresque monumentale, traçant son dessin dans le ciment frais, les panneaux posés au sol et lui au-dessus, sur des échafaudages. Avec sa compagne Nicole, ils me livraient quelques souvenirs de leur jeunesse et de leurs combats et pour moi qui avait dans les 17-18 ans, je trouvais qu'ils avaient eu une vie extraordinaire. Très récemment, j'ai vu que la ville avait baptisée une voie à son nom, dans le nouveau quartier Pierre-Sémard.: la "promenade Jean-Amblard"... pas une rue, mais une "promenade" ! C'est encore mieux. Merci au JSD d'avoir évoqué Jean Amblard et salutations à ses proches
il est évident que cette fresque doit être remise en valeur
Bonjour. À combien est estimée la rénovation de la fresque. ? Merci

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