Cultures

Eddy Terki
/ Identité, j’écris ton nom

Le jeune artiste dionysien, adepte du « design social », a été sélectionné par le rappeur Oxmo Puccino, dans le cadre de l’exposition Rue de la création organisée à l’Institut du monde arabe, à Paris.

Ce sont un peu plus de 4 000 mots qui ont été tracés à la craie dans la salle des colonnes de l’Institut du monde arabe (IMA). Le texte qui relie par le sol deux pylônes, l’un représentant l’Algérie, le second la France, est tiré d’un dialogue entre une jeune artiste algérienne, Zoulikha Tahar, et le designer graphique Eddy Terki. Ce Dionysien de 25 ans, passé par les Arts décoratifs de Paris, a été sélectionné dans le cadre de l’exposition Rue de la création organisée à l’IMA par Oxmo Puccino et inaugurée fin novembre. Le rappeur, qui présidait le jury, a souhaité réunir danse, écriture, art numérique et art culinaire autour de cartes blanches données à de jeunes artistes dont Eddy fait partie.  « Quand j’ai proposé le projet en février à l’Institut, je voulais montrer que c’était le lieu parfait parce que c’est un lieu de passage et de débat. C’est ce que je voulais susciter chez les visiteurs et c’est ce qu’il s’est produit. Pour l’écriture, je ne me suis donc rien interdit », explique Eddy Terki. Une démarche en phase avec le design social (s’appuyer sur du design pour créer du lien) dont il s’est fait naturellement l’artisan.

Son texte, retranscrit en arabe et en français sur les colonnes, parle d’identité, double, de Paris, Saint-Denis, Bejaïa et Oran, ville dont est originaire la slameuse et vidéaste Zoulikha. Il est question de pratique religieuse, du rôle de la France et de tourments de jeunes adultes aussi. « Zoulikha, cet échange naît d’une envie, celle d'écrire pour raconter, celle d'écrire pour créer du lien, celle d’écrire pour verbaliser, celle d’écrire pour comprendre », ainsi débute cette discussion profonde entre deux êtres d’une même génération, qu’une histoire commune a reliés. « C’est un ami d’Oran qui m’a parlé de Zoulikha et de ses textes engagés. Elle était l’interlocutrice idéale, car l’échange allait être court. Il fallait donc qu’il soit le plus constructif possible. » Après d’âpres négociations, Eddy a réussi à faire venir l’Oranaise pour une semaine dédiée au montage de la création en prenant soin de laisser quelques passages à achever lors d’une performance live donnée lors de deux soirées consécutives de vernissage.

Dans un premier temps, cette création baptisée De Paris à Oran, dialogue entre deux cultures ne devait être qu’éphémère. « Un jour, alors qu’on travaillait sur les tracés, Jack Lang est passé et a demandé à la Direction de l’Action culturelle que cette création se pérennise », confie tout sourire Eddy Terki. Avec le temps et le passage du public, les lettres s’effaceront mais il n’est donc pas trop tard pour aller admirer le travail du designer dionysien qui contemple le chemin parcouru. Reconnaissant, il mentionne la bourse ACES mise en place par Kery James qui lui a permis d’achever sa cinquième année d’études aux Arts décos en toute sérénité. « Durant mes études, j’enchaînais les petits jobs. Mais je savais que pour mon Master 2 en 2015 le rythme serait difficile à tenir. Cette aide est bien tombée. J’ai pu sortir diplômé avec les félicitations, ce qui m’a ouvert de nombreuses portes », affirme Eddy Terki qui s’est porté candidat sur de nombreuses initiatives depuis. En 2016, il est lauréat de l’appel à résidence AIMS (Artiste intervenant en milieu scolaire) organisée par les Beaux-Arts de Paris. Pendant une année scolaire, en résidence au sein de l’école primaire PEF à Saint-Ouen, il travaille avec une classe double niveau CM1/CM2 sur le lien entre la typographie et l’espace et obtient un diplôme d’intervenant en milieu scolaire. Lauréat du concours étudiant de la Biennale de Design Graphique à Chaumont sur le thème de la transmission, il travaille en tant que designer indépendant pour Ruedi Baur Studio, sur des projets engageant la question de l’écriture dans l’espace public, l’amenant à travailler pour la Journée du patrimoine au Mémorial national de la prison de Montluc (Lyon), et en Suisse aux côtés du poète André Vladimir Heinz. On peut imaginer/espérer que les murs de Saint-Denis deviennent un jour un nouveau support à sa créativité, à la portée profondément sociale.

Maxime Longuet

Le texte peut-être envoyé par une simple demande formulée à l’artiste : bonjour@eddyterki.fr

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