À la une Portrait

Fatma Bourahli
/ Héroïne toujours précaire

Femme forte. Le 28 juin 2017, le JSD relatait l’acte de bravoure de cette maman de 27 ans sans-papiers : elle avait sauvé la vie d’une jeune femme agressée au couteau près du canal. Régularisée depuis, Fatma se démène pour que sa famille soit enfin logée décemment.

Le jour où elle a obtenu son titre de séjour, Fatma Bourahli a tout de suite appelé le Journal de Saint-Denis pour partager sa joie d’être régularisée. C’était durant l’été, soit quelques semaines après la publication de l’article Fatma héroïne et précaire, qui avait beaucoup fait réagir. Suscitant en grande partie des « bravos ! », des messages comme « elle mérite mille fois sa carte de résidence ! », et ce souhait : « J’espère que vous nous donnerez des nouvelles ».

Le 28 juin 2017, le JSD racontait l’acte hors du commun de cette mère de famille sans-papiers de 27 ans (dont l’anonymat avait été conservé en ne donnant que son prénom) qui avait sauvé la vie d’une femme de 22 ans sauvagement agressée au couteau près du canal dans la soirée du 22 mai. Pour lui venir en aide, Fatma n’avait pas hésité à foncer seule dans les bosquets plongés dans l’obscurité pour braver les deux auteurs qui avaient alors pris la fuite. Appelant les secours aussi, et prodiguant les premiers soins. « Sans l’intervention de cette dame, la victime serait probablement décédée », avait assuré une source proche de l’enquête. Si Fatma dit avoir agi « sans se poser de question », ce geste n’avait pas étonné ceux qui la connaissent. « C’est une battante », en attestait Claudia qui l’avait rencontrée à une permanence de l’Attiéké et qui l’a toujours vue se bagarrer pour sortir sa famille de la précarité.

Un sens des responsabilités acquis très jeune

« C’est vrai que je suis une femme de caractère », sourit Fatma qui a accepté de sortir de l’anonymat pour nous faire découvrir la personnalité qui se cache derrière un tel acte de bravoure. Un fort tempérament qu’elle explique s’être forgé dès son enfance, passée à Oran. « À la maison, c’est moi qui gérais tout. » Avec un père souvent absent, « il travaillait dans le désert », et une maman « un peu perdue loin de sa campagne et illettrée », la petite fille, aînée de quatre enfants, a dû acquérir très jeune le sens des responsabilités. « J’aimais que tout soit carré. » Prendre soin des autres, être garante de leur sécurité et avoir cette capacité d’intervenir quand quelque chose ne va pas… Autant de qualités devenues naturelles chez elle, au point qu’elle a rêvé adolescente de les mettre à profit en devenant « femme policier. Mais par peur du regard des autres, mon père s’y est opposé. » Et puis la lycéenne se marie à 17 ans et devient maman l’année suivante.

Financièrement, « c’est compliqué ». Son mari, spécialisé dans la peinture automobile, ne trouve pas de travail. Pour espérer une vie meilleure, la famille part tenter sa chance en France en 2014. Jamais découragée, Fatma n’a cessé depuis de mobiliser tous les moyens légaux disponibles pour offrir « des conditions de vie normales » à ses filles de 8 et 3 ans, qu’elle a dû ballotter dans toute l’Île-de-France, au gré des chambres d’hôtels que lui octroyait au coup par coup le 115. Mais pour ses enfants qui ont leur école à Saint-Denis, « tous ces allers-retours, ce n’était plus possible ». Bien que reconnue prioritaire DAHO (Droit à l’hébergement opposable) qui lui donne droit à un hébergement stabilisé, faute de proposition la famille a posé ses valises dans une chambre sous-louée avec douche cassée, au tarif exorbitant de 700 € par mois où elle n’a plus les moyens de rester. Forte d’un titre de séjour, Fatma espère que la situation va se débloquer et qu’elle pourra concrétiser le projet professionnel entamé avec Pôle Emploi. « Dès que la question du logement sera réglée, je me lance dans une formation pour devenir agent de sécurité. »

 


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