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60 Adada
/ Guaté Mao, l’art à hauteur d’homme

Ses beaux visages – réalisés au pochoir sur le plus insolite du mobilier urbain ou des murs défraîchis – embellissent depuis bientôt deux ans les rues dionysiennes. Pour la première fois, l’artiste les expose dans une galerie.

Ce sont des regards qui nous extirpent de notre routine quelques secondes, le temps de contempler ces visages peints sur les murs de la ville. Ils embellissent un mobilier urbain auquel nous ne prêtons pas attention. Et parfois, au détour d’une rue, se dresse l’auteur de ces pochoirs, calques sous le bras, bombes dégoupillées. Les œuvres de Guaté Mao, créées à partir de photographies, les Dionysiens les découvrent jour après jour depuis bientôt deux ans. Le sourire des anciens, la bouille figée d’un enfant ou les parures d’une femme maasaï ornent la ville et depuis une semaine certains de ces portraits ont investi la galerie du 60 Adada pour l’exposition Ad Vietnam Eternam, consacrée en grande partie à ce pays asiatique dont Guaté Mao est tombé amoureux. L’artiste néo-dionysien lance sa résidence et expose pour la première fois, bien qu’il ait déjà été sollicité plusieurs fois. « Dans la rue, j’impose mes œuvres qui sont parfois à hauteur d’homme. Je veux surprendre avec un dessin. Je ne pourrais jamais retrouver cet effet en galerie, évoque Guaté Mao, bob vissé sur la tête. Faire une toile, ça n’a pas de sens pour moi. Des galeries parisiennes m’ont déjà proposé d’exposer. Mais je n’ai pas envie d’entrer dans ce système de vente d’œuvres d’art. Tu es un artiste mais tu es surtout quelqu’un qui leur fait gagner de l’argent. »

Dans la galerie dionysienne, « hors-système », il n’y a pas de toiles à proprement parler mais un radiateur de frigo, des cartons, des plaques de fer rouillées, des jerricans, une malle… Des supports récupérés en Ardèche grâce à sa famille qui y a monté une association de permaculture et où la trentaine d’œuvres ont été préparées. Les visiteurs reconnaîtront la majorité des portraits car ils enjolivent déjà certaines rues de Saint-Denis. En plus de ses pochoirs, Guaté Mao présente aussi quelques sérigraphies, une technique que cet autodidacte commence tout juste à explorer : « C’est de la magie ! »

Discret sur lui-même, il délivre cependant sans aucun mal sa recette de pochoiriste. « Au début, j’ai commencé à créer des calques sur Photoshop que j’imprimais en grand format. Mais je suis passé assez vite au A3 car les impressions devenaient trop chères. » Puis il découpe de façon à révéler certains détails, peint plusieurs couches et peaufine ses dégradés, sa touche personnelle. « Certains pochoiristes font le choix de ne pas en faire, mais pour moi le dégradé est essentiel », explique-t-il. Sa « toile » préférée est celle exposée dans la première salle de l’Adada, peinte sur une étagère en fer. On y voit un homme, torse nu et tatoué, la tête en arrière. « J’adore les traits, la posture et la taille… C’est imposant. C’est d’ailleurs mon plus grand pochoir. Quand je l’ai fini je me suis dis “pouah il claque !”  (rires). »

Guaté Mao souhaite s’impliquer davantage dans divers projets culturels dans le territoire. Il a déjà travaillé à Iqbal-Masih, rencontré des élèves du collège Henri-Barbusse et bientôt du lycée Bartholdi. Pour la prochaine édition de la Street Art Avenue, et si le temps ne lui manque pas, il aimerait peindre des portraits en pied sur des piliers à Aubervilliers qui séparent « symboliquement » Paris et sa banlieue. 

Après Ad Vietnam Eternam, Guaté Mao souhaite monter une exposition consacrée à Saint-Denis, dans un registre moins exotique. « J’aimerais travailler sur des choses plus dures, des scènes de vie. Par exemple, deux mecs qui roulent leur joint en jogging Lacoste en bas de chez moi ! Je m’en fous si ça ne se vend pas. » Dimanche 9 avril, il organisera un shooting photo ouvert à tous afin de tirer des portraits pour de prochains pochoirs qui alimenteront sa future exposition. « Quand je suis arrivé ici la première fois, je suis tombé sur les “brochettes-men” de la Gare. Et puis, j’ai constaté qu’il y avait de tout. Les gens sont beaux ici ! »

Maxime Longuet

Ad Vietnam Eternam au 60 Adada (60, rue Gabriel-Péri) jusqu’au 9 avril. Lundi-jeudi de 15h à 21h, vendredi de 17h à 22h, samedi de 15h à 22h et dimanche de 14h à 20h. Entrée libre. www.60adada.org

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