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Saturnisme infantile
/ Gare au plomb dans l’habitat ancien dégradé

Souvent synonyme d’habitat indigne, l’intoxication au plomb est prise très au sérieux à Saint-Denis qui a développé une approche et une prise en charge spécifiques pour en limiter les risques.
La Ville s'est équipée d’un appareil permettant de sonder la présence de plomb utilisé lors des enquêtes environnementales.
La Ville s'est équipée d’un appareil permettant de sonder la présence de plomb utilisé lors des enquêtes environnementales.

« Le saturnisme, c’est une maladie un peu tombée dans l’oubli », ne peut que constater Pascale Lescureux, chargée de mission saturnisme pour la Ville. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’une rencontre s’est tenue le 14 février en mairie dédiée aux professionnels de santé pour les sensibiliser sur les risques d’une intoxication au plomb chez les enfants et les informer sur la prise en charge à Saint-Denis. Car en plus d’être méconnue, « cette maladie est aussi silencieuse, car souvent asymptomatique ».

Et même lorsqu’il y a des manifestations cliniques, tels que trouble du comportement ou anémie, ces signes étant loin d’être spécifiques, elle est rarement suspectée. « L’approche ne peut donc être qu’environnementale », explique Pascale Lescureux. L’habitat ancien dégradé étant le vecteur principal d’exposition, « les enfants sont généralement contaminés dans leur logement, par l’ingestion ou l’inhalation des poussières de plomb ».

Bien qu’interdite depuis 1948, la peinture au plomb demeure présente dans certains vieux immeubles, tel qu’il en existe à Saint-Denis, notamment dans le centre-ville, à la Plaine ou à Bel-Air. « Ce sont généralement des logements qui n’ont pas été réhabilités, avec de la peinture qui s'écaille aux murs, sur les portes ou les plinthes. »

La lutte contre l'habitat indigne reste donc la porte d'entrée la plus efficace dans l'éradication de cette maladie, même si la contamination peut aussi se produire dans des logements réhabilités à l’occasion de travaux réalisés sans précaution, ou en marge du logement, par le biais de produits de maquillages (khôl traditionnel) ou d’un simple plat à tagine peint à la céruse.

Si les effets nocifs du plomb dépendent du degré d'imprégnation dans l'organisme, il n'y a en réalité pas de seuil de toxicité. Le plomb peut-être dangereux, même à faible concentration« notamment si l'exposition dure longtemps ». Avec un système nerveux en pleine croissance, le plomb chez les enfants comme chez les fœtus, peut entraîner des conséquences irrémédiables, associées à des troubles neurologiques ou à un retard du développement. « Si une partie du plomb s’élimine par voie urinaire, le reste va aller se fixer sur les masses molles du squelette. Dans le sang, il a une durée de vie extrêmement courte, mais il peut rester 20 ans dans les os, avec un risque de relargage à l’occasion d’une fracture ou d’une grossesse. »

Avec la progression des connaissances sur la toxicité du plomb, les autorités sanitaires ont décidé en juin 2015 d'abaisser de 100 à 50 microgrammes par litre la concentration en plomb dans le sang définissant le saturnisme chez l'enfant. « Il ne s'agit pas d'un seuil d'intoxication, puisque la toxicité est sans seuil, mais bien d'un seuil d'intervention », insiste Pascale Lescureux.

Toute plombémie supérieure ou égale à 50 μg/L doit faire l'objet d'une déclaration obligatoire à l'Agence régionale de santé (ARS). Le seuil de vigilance se situant quant à lui à 25 μg/L, la Ville de Saint-Denis a décidé d’intervenir préventivement pour les enfants jusqu’à 18 ans ainsi que les femmes enceintes présentant une plombémie située entre 25 et 49 μg/L. « Nous travaillons en étroite collaboration avec les PMI, les médecins, la mission habitat indigne, qui peuvent nous interpeller si le logement date d’avant 1949. »

Équipées d’un appareil permettant de sonder la présence de plomb, Pascale Lescureux et son binôme Maud Dautremont, agent d’enquête, réalisent des visites à domicile sur rendez-vous dans le cadre d’enquêtes environnementales permettant d’identifier et d’éliminer la ou les sources d’intoxication. « Nous en avons réalisées quarante en 2016 et, pour 2017, nous en sommes déjà à dix-sept. »

 


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