Cultures

Jeunes et vieux
/ Générations spontanées

Avec son film « Hier ce sera mieux », un projet au long cours actuellement en tournage, Philippe Fenwick met en image la transmission intergénérationnelle. Et regarde la banlieue droit dans les yeux.
Samedi 5 décembre, ados et seniors découvrent des images du séjour qu'ils ont partagé à Fondettes, centre de vacances municipal en Indre-et-Loire
Samedi 5 décembre, ados et seniors découvrent des images du séjour qu'ils ont partagé à Fondettes, centre de vacances municipal en Indre-et-Loire


La première fois, c'était le 14 octobre, en pleine Semaine bleue, à l'occasion du grand bal des retraités organisé dans la salle des mariages de l'hôtel de ville. L’ambiance battait déjà son plein. L'orchestre jouait un tube des années 80 et la piste était pleine. Pleine de seniors. C’était sans compter sur Sergio. Très à l'aise sur les rythmes disco, cet ado de 15 ans s’était lancé le premier. À leur tour, Aïssetou, 13 ans, et Mariam sa sœur cadette,11 ans, étaient rentrées dans la danse. Et là, c'était devenu un moment magique, avec des jeunes visiblement heureux de faire la fête avec des anciens, tout aussi radieux. C'était beau comme dans un film. D'ailleurs, c'en est un. Et ces jeunes, comme ces vieux, en sont les protagonistes. Sauf qu'ici, rien n'est scénarisé ni écrit d'avance. Les acteurs sont de simples Dionysiens et sont aussi en grande partie les auteurs de cette production artistique, imaginée par le comédien Philippe Fenwick. Son film s'appelle Hier ce sera mieux. Et de ce que l'on a vu du tournage, au-delà du titre, il réussit cette conjugaison atypique entre ces deux générations, « celle qui a vu les choses et celle qui les prépare ». Ainsi, il y a la résidence pour personnes âgées Basilique et l'Antenne jeunesse du centre-ville. Bien qu'espacés d'à peine cent mètres, « ces deux mondes ne se côtoyaient pas, ne se connaissaient pas ».


« Tout ce qu'on raconte sur les jeunes, c'est des bobards »

Mais ça, c'était avant de les faire partir ensemble à Fondettes, un centre de vacances municipal en Indre-et-Loire. À côté du petit groupe de collégiens et lycéens réunis par Sandra Barzik, animatrice à l'Antenne jeunesse, il y avait aussi du côté des 70 ans et plus, Henriette, Marcelle, Joseph ou encore Georges, accompagnés de Philippe Vallin, chargé de projet à la Maison des seniors. Et lorsqu'on les a retrouvés samedi 5 décembre pour la restitution de ce séjour, c'était comme assister aux retrouvailles d'une bande de potes. « Ce séjour, c'était un bijou à saisir, témoigne Henriette, 75 ans. Au départ, on y allait pour les besoins du film, mais très vite, ce n'était plus seulement un projet, c'était juste un moment de vie, de partage, d'échange. » « Tout ce qu'on raconte sur les jeunes, c'est des bobards, tient à certifier Georges, 71 ans. Ils sont notre espoir. Avec eux, la vie est passionnante. Moi ils m'ont fait danser, chanter et m'ont donné envie de vivre jusqu'à 120 ans. »Les jeunes eux se sont inquiétés de savoir s'ils pourraient continuer d'aller voir leurs aînés quand le film serait achevé.


« Ils ont envie, même sans nous », jubile Philippe Fenwick, qui envisage ce film comme un manifeste, avec la volonté d'impliquer totalement les participants dans le processus de création. « On veut que ce soit leur film, qu'ils aient envie de le brandir autant que les solutions qu'ils portent. »Car avec cette œuvre, il veut dénoncer autant qu'attaquer la violence d'une société qui tourne le dos à la banlieue, qui exclue ses jeunes et abandonne ses personnes âgées. Et pour dire cette blessure, il lui fallait sortir du cadre du documentaire classique. « On veut faire l'inverse des chaînes d'infos et des magazines à sensations, avec des caméras qui débarquent quand ça va mal et qui s'évertuent à donner une image désastreuse de la banlieue et des gens qui la composent. C'est pour ça qu'on ne filme pas les gens mais qu'on les photographie en noir et blanc et qu'on saisit la parole des uns et des autres, sans qu'au final, dans le film, on ne sache vraiment qui a dit quoi, afin que cette parole puisse appartenir à tous. »


Linda Maziz


Hier ce sera mieux un film de Philippe Fenwick, avec Manuel Braun, photographe, et Amandine Casadamont, créatrice sonore.


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