À la une En ville Portrait

Hommage à Jean-Pierre Watrelot
/ Frère des pauvres

Communauté du Prado. Il n’était pas du genre reclus hors du monde. Il vivait cité Franc-Moisin et était de tous les combats des « sans ». Il vient de mourir à 86 ans.
Novembre 2015 au Franc-Moisin, Jean-Pierre Watrelot (à droite) se mobilise pour une famille expulsée de son logement
Novembre 2015 au Franc-Moisin, Jean-Pierre Watrelot (à droite) se mobilise pour une famille expulsée de son logement

« Il était toujours au service des autres. Il portait son attention aux démunis, aux pauvres. On lui disait qu’il en faisait trop, mais lui, il trouvait qu’il n’en faisait pas assez. » Ce que dit Jean Bellanger est exprimé par tous ceux qui ont côtoyé son ami Jean-Pierre Watrelot. À tous, il a laissé le même souvenir impérissable. Figure de la ville, le Dionysien est décédé, le vendredi 17 mars, à l’âge de 86 ans. Il était de toutes les luttes pour les personnes « sans travail, sans papiers et sans logement » en reprenant ses mots. Il était discret. Pendant les manifestations, il était toujours derrière sur les photos.

« Jean-Pierre n’était jamais aux premiers rangs des organisateurs. Il n’aimait pas se mettre en avant. D’ailleurs, il n’aurait pas aimé tous ces hommages, ces cérémonies, que l’on écrive sur lui dans le journal », poursuit son camarade. Une semaine après sa mort, l’Église neuve était pleine pour ses obsèques. Mardi 28 mars, à la Cité Franc-Moisin, plus d’une centaine de personnes se sont réunies devant le bâtiment 10 où il logeait depuis une trentaine d’années. « Jean-Pierre avait toutes les qualités. Il s’occupait des gens, mais il s’oubliait. C’est ce que je lui reprochais », dit sa voisine Mariam Macalou. 

Dionysien d’adoption, Jean-Pierre est né en 1930 à Lille. Il est le benjamin d’une fratrie de trois enfants. « Il a grandi dans une famille du Nord profondément croyante », raconte son cousin Xavier Maes. Il perd son père en 1940. Sa mère, elle, décède en 1949. Sa jeunesse est marquée par la guerre et l’exil. « Peut-être que cette expérience à ton insu a motivé ta sympathie pour les exilés et sans-papiers que tu as rencontrés », écrit son frère cadet Gonzague. Jeune adulte, il part s’installer dans la région lyonnaise où il s’engage pour le Prado. Cette communauté, réunissant religieux et laïcs, œuvre en faveur des pauvres, en phase avec le mouvement prolétaire. Il devient frère ouvrier. Il travaille dans une usine à Vénissieux de l’entreprise Sigma, qui fabriquait entre autres du matériel hydrologique, puis pour l’ancien constructeur automobile Berliet. Ouvrier spécialisé (OS), il n’a jamais voulu monter dans la hiérarchie. Militant à la CGT, il préfère déjà se battre auprès des travailleurs, notamment immigrés. En 1968, il occupe avec ses camarades l’usine Sigma. 

Retraité, Jean-Pierre s’installe à Saint-Denis grâce au Prado qui y a une antenne. Avec d’autres frères, il habite d’abord dans une vieille bâtisse rue Brise-Échalas, près de la gare, puis il emménage dans un logement social à Franc-Moisin. Il co-fonde Ensemble, vivre, travailler et coopérer (EVTC) en 1990. Il participe aussi par la suite à la création de la Coordination 93 de lutte pour les sans-papiers. Le Dionysien était actif dans le milieu antiraciste et anticapitaliste. 

Pour EVTC, il tiendra une permanence juridique quasiment jusqu’à la fin de sa vie. « Il était toujours sur le pont, décrit le père Bernard Glaisner. Il usait beaucoup ses semelles. Il se réveillait aux aurores pour aller à la préfecture, à la Sécurité sociale, à la Caisse d’allocations familiales, etc. » Ses amis disent qu’il avait horreur qu’on l’appelle moine. « Parce qu’il voulait être dans le monde, en pleine vie, parmi les démunis, et pas reclus dans un monastère », continue le prêtre. Jusqu’à la tombe, il est resté fidèle à sa mission. Au cimetière intercommunal des Joncherolles, il est enterré dans le caveau des pauvres, comme il l’avait demandé.

Aziz Oguz 

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