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Altruisme
/ Fatma, héroïne et précaire

Sans son intervention, une jeune femme victime d’une agression violente serait sans doute morte. Cet acte de bravoure pourrait permettre à Fatma l’obtention d’un titre de séjour et une situation meilleure pour sa famille.
Pourtant reconnue prioritaire pour l'obtention d'une place en centre d'hébergement, Fatma et sa famille continuent d'être ballottées depuis trois ans d'hôtel en hôtel.
Pourtant reconnue prioritaire pour l'obtention d'une place en centre d'hébergement, Fatma et sa famille continuent d'être ballottées depuis trois ans d'hôtel en hôtel.

« Ça s’est passé lundi 22 mai, au soir, le long du canal. Mon mari et mes enfants marchaient devant moi quand j’ai croisé la jeune fille et vu deux hommes qui m’ont paru la suivre », rapporte Fatma. Intuitivement, cette mère de famille de 27 ans s’arrête pour continuer de les observer jusqu’à voir les deux malfrats pousser la jeune fille sur le bas-côté, plongé dans la pénombre. Sans réfléchir, Fatma fonce dans les bosquets. Les deux hommes déguerpissent, abandonnant leur victime au sol. Celle-ci est très sérieusement blessée. « Elle avait reçu un coup de couteau à la carotide », se souvient Fatma avec effroi

Son mari, qui l’a rejointe, prévient les secours. En attendant les renforts, les pompiers guident Fatma au téléphone afin qu’elle lui prodigue les premiers soins. « Sans l’intervention de cette dame, la victime serait probablement décédée », assure une source proche de l’enquête, un mois après les faits. En plus d’avoir sauvé la vie de cette jeune fille de 22 ans, Fatma a aussi livré un témoignage précieux aux services de police, qui, s’ils n’ont pas encore interpellé les auteurs, confirment qu’elle les a mis sur « une piste sérieuse ».

Si elle dit avoir agi « sans se poser de question », cet acte héroïque autant que civique n’étonne en rien ceux qui connaissent Fatma. « C’est une battante », en atteste Claudia qui l’a rencontrée il y a trois ans lors d’une permanence à l’Attiéké et la voit depuis se bagarrer pour sortir sa famille de la précarité, mobilisant tous les moyens légaux disponibles. Bien que reconnue prioritaire DAHO (Droit à l’hébergement opposable) en novembre 2014, elle n’a reçu aucune proposition, même avec un jugement du tribunal de Montreuil enjoignant la préfecture à lui fournir un hébergement stabilisé à proximité de l’école fréquentée par sa fille aînée.« Dans son cas, l’État est clairement hors-la loi », s’insurge Claudia, révoltée de la voir ballottée dans toute l’Île-de-France, au gré des chambres d’hôtels que lui octroie au coup par coup le 115.

Un des leviers identifiés pour débloquer la situation serait que Fatma, arrivée d’Algérie en mars 2014, obtienne sa régularisation administrative, que d’aucuns estiment méritée au vu de son acte de bravoure. Reste que si Fatma s’est laissée entendre qu’elle pourrait jouir d’un examen bienveillant pour l’obtention d’un titre de séjour, encore faudrait-il qu’elle bénéficie d’un rendez-vous pour déposer son dossier. La sous-préfète de Saint-Denis, rencontrée par une délégation de soutiens le 19 juin, s’est engagée en ce sens. « J’espère qu’elle va tenir parole », appelle de ses voeux Fatma.


Réactions

Bravo madame pour votre courage. Elle mérite 1000 fois sa carte de résidence..
Toutes mes pensées pour ces deux femmes. J'espère que vous nous donnerez de leurs nouvelles prochainement.
Combien d'actes héroïques dans l'ombre ? aux situations sociales toutes autant disparates. Une carte de "citoyenne du Monde" assurément (voyez plus grand ;) ) Seulement n'oublions pas que les papiers ne tiennent pas qu'à une sous-Préfète (ou un sous-préfet) aussi influente soit-elle ! restons positif mais avec réserve, cela est moins décevant. "L'espoir autrement dit "l'attente des jours meilleurs" est un pays dont on ne revient jamais indemne". Je suis des vôtres (comme je me méfie des bancs de poissons masculins alcoolisés qui envahissent nos rues et nos corps par leurs regards) Une pour Une et Toutes pour Toutes !

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