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Journées cinématographiques dionysiennes
/ Esprits rebelles sont là

Pour sa 18e édition, le festival du cinéma l’Écran a retenu le thème « Rebel Rebel » qui explorera les films d’hier et d’aujourd’hui et les cinéastes qui disent non au système, le critiquent et le remettent en cause.

Il est l’heure de lâcher les chevaux et de vêtir son costume de rebelle le plus authentique. Les Journées cinématographiques dionysiennes débutent aujourd’hui et se tiendront jusqu’au 13 février. Pour sa 18e édition, pas question pour le festival du cinéma l’Écran d’être dans les clous, le thème de cette année c’est la « rebel attitude ». La qualité sera au rendez-vous avec des invités venus souffler sur Saint-Denis un vent de contestation cinématographique. Entretien avec le directeur de l’Écran Boris Spire et le programmateur du festival Olivier Pierre.

Le JSD :Pourquoi avoir choisi cette thématique « Rebel Rebel » ?

Boris Spire : Notre choix de thématique est toujours lié à plusieurs facteurs. Nous sommes d’abord influencés par les films que l’on voit, Olivier et moi, dans les festivals mais aussi par l’air du temps car nos thématiques sont toujours ancrées dans des réalités politiques et sociales. « Rebel Rebel » est un thème que l’on n’avait encore jamais choisi d’aborder. Ce qui nous intéresse, c’est de voir comment le cinéma, d’hier, d’aujourd’hui et de demain s’est penché sur ce thème, qui sont les figures et cinéastes rebelles, ceux qui disent non au système, le critique et le remettent en cause.

Le JSD : Une rétrospective est justement consacrée à l’œuvre de Larry Clark. Le photographe, réalisateur de Ken Park entre autres, est l’invité d’honneur de l’édition 2018.

Olivier Pierre : J’ai pu rencontrer Larry Clark cet automne dans la galerie parisienne Rue Antoine où il exposait des clichés. Il y avait une possibilité pour qu’il puisse revenir pour notre festival. Il était enthousiaste parce qu’il ne connaît pas Saint-Denis. Et pour sa première venue, il nous a fait deux cadeaux. En plus de deux inédits Teenage Cavemenet Marfa Girl, qui sera diffusé sur grand écran pour la première fois en France, nous projetterons deux films en première mondiale : la version director’s cut de The Smell of Us, son dernier film sorti en France, et Marfa Girl 2, qui n’a jamais été montré nulle part.

Le JSD : Il y a beaucoup d’événements autour de cette rétrospective. Une master class, une exposition à la galerie HCE, une performance live autour de son film Wassup Rockers… C’est une façon de clarifier les choses sur son travail qui a parfois été incompris ?

OP : Il y a eu des petites polémiques c’est vrai, on se souvient de la censure lors de son exposition au Palais de Tokyo, mais sa reconnaissance sur le plan international est avérée. Ce rétro-éclairage général nous permet de revenir sur son œuvre avec un peu plus de distance.

BS : Il fait partie des cinéastes qui filment la sexualité et la marginalité chez les jeunes de façon différente. C’est important de montrer son travail alors que nous sommes dans une époque de puritanisme ambiant.

OP : Ce qui dérange aussi, c’est qu’il filme sans porter de jugement sur ses personnages. C’est sans doute un réflexe de photographe.

Le JSD : Et dans le cinéma français, existe-t-il des esprits rebelles ?

OP : Il en existe, mais ils ne sont pas médiatisés, comme F.J. Ossang, que nous accueillons d’ailleurs. En 2006, nous avions fait une rétrospective. Nous voulions lui offrir cette fois-ci une carte blanche, celle-ci sera recentrée sur Joe Strummer, le leader des Clash. On projettera notamment Straight to Hell, dans une version director’s cut, jamais montrée en France avec au casting Elvis Costello, Joe Strummer, Courtney Love…

BS : Nos deux axes de recherche sont les personnages qui incarnent une attitude rebelle et le réalisateur. Qui en France pouvait incarner ça ? Le nom de Tony Gatlif (invité du festival) est arrivé très tôt. Il est rebelle dans la construction de ses films, dans son positionnement, dans les personnages qu’il met en scène et en plus il est populaire. Mais il y en a d’autres, des cinéastes rebelles. Ils ont plus de difficultés à montrer leurs films, ils sont en dehors des circuits. Il y a Jean-Pierre Mocky aussi qui viendra présenter quatre polars qu’il a réalisés et dans lesquels il tient le premier rôle.

Le JSD :Il y a aussi le réalisateur londonien Lech Kowalski…

BS : Il suit depuis un an le mouvement des ouvriers de GM&S, dont la moitié a été licenciée. Il a pris une nuit de prison pour rébellion parce qu’il n’a pas voulu baisser sa caméra lors d’une manifestation. Cela pose la question : comment faire un cinéma rebelle et contestataire et filmer des luttes aujourd’hui ? Samedi soir, il va réaliser une performance avec des bluesmen de Memphis et cinquante ouvriers de GM&S qui dormiront à l’Auberge de Saint-Denis. Kowalski veut créer un dialogue avec des représentants de PSA et de Renault… Ça promet !

Propos recueillis par Maxime Longuet

Les Journées cinématographiques dionysiennes du 7 au 13 février, à l’Écran (14, passage de l’Aqueduc). Programmation complète sur www.lecransaint-denis.org

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