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Charte entreprise-territoire
/ Du boulot pour les locaux ?

La 28e cérémonie de signature de la Charte entreprise-territoire a donné l’occasion de faire le point sur la pertinence de ce dispositif qui encourage des entreprises à favoriser l’embauche de salariés du territoire.
La Banque Postale Financement, à la Plaine, est fière de compter 50 % d'habitants du territoire parmi ses 500 salariés.
La Banque Postale Financement, à la Plaine, est fière de compter 50 % d'habitants du territoire parmi ses 500 salariés.

 


« À la Plaine, on a plein d’entreprises, mais elles nous boycottent. »Ces propos lâchés il y a quelques semaines par un étudiant du quartier disent assez bien le ressenti d’habitants qui ont eux aussi l’impression d’être tenus à l’écart de ce réservoir d’emplois. C’est avec cette phrase en tête que le JSD a assisté le 17 octobre à la 28ecérémonie de signature de la Charte entreprise-territoire. Un dispositif porté depuis 2005 par Plaine Commune, qui engage ses désormais 117 entreprises signataires à enraciner au mieux leur développement dans le terreau local. Principal objectif : que les emplois générés puissent d’abord profiter aux candidats résidents, en leur accordant la priorité des embauches. L’initiative est louable, à condition qu’elle transforme en acte ce qui n’est au moment de la signature qu’une déclaration d’intention.

Une limite qu’a pointée Fadela Benrabia, préfète déléguée à l’Égalité des chances, lorsqu’elle a fait remarquer que « sans un pilotage fort, ces chartes relèvent uniquement de la communication ». Une réflexion moins pour tacler le travail de Plaine Commune que pour saluer son caractère « remarquable ». Ici, pour s’assurer que la charte est correctement appliquée, « un bilan annuel est organisé avec chaque entreprise », assure Patrick Braouezec, le président de Plaine Commune. Confirmant l’efficacité de l’outil, Francis Dubrac, président de l’association de chefs d’entreprise Plaine Commune Promotion, partenaire de ce dispositif, estime qu’aujourd’hui « 10 % des 60 000 postes arrivés avec le développement économique autour du Stade de France ont pu être récupérés ».

Et pour se convaincre que la charte n’a rien de bidon, il suffisait d’écouter les résultats présentés par les entreprises invitées à renouveler leur vœu. Ainsi Engie, à Saint-Ouen, a dit son plaisir d’avoir relocalisé 25 postes de cadres. Tout comme la Banque Postale financement, à Saint-Denis depuis 2010, a dit sa fierté de voir la moitié de ses 500 emplois occupés par des Séquano-dionysiens.

Mais alors, si les entreprises jouent le jeu du recrutement local, pourquoi ce ressenti des habitants ? Plusieurs façons d’expliquer ce décalage. La première étant que cette bonne pratique ne concerne officiellement que 117 entreprises sur un total d’environ 17 000. Certes, il y a derrière ce chiffre énorme, une très grosse part de toutes petites entreprises qui fonctionnent sans salarié, mais la marge de progression reste importante.

« Même si 6 000 habitants ont eu un poste dans le cadre du développement de la Plaine, on a encore du mal à convaincre. Les gens restent avec le sentiment d’une gentrification économique », observe Francis Dubrac, en faisant notamment référence aux personnels peu qualifiés qui ont du mal à s’y retrouver dans la tertiarisation de l’économie. D’autant que la plupart des grosses sociétés s’installent avec des équipes constituées. « On ne peut pas leur demander de licencier pour embaucher des gens d’ici ! Mais d’être attentif lors de départs en retraite par exemple », remarque Patrick Braouezec, en évoquant Generali, qui en quinze ans a vu la part de son personnel résident passer de 3 à 15 %.

« C’est dans le temps que se crée la complicité avec le territoire », insiste Didier Paillard, vice-président de Plaine Commune au développement économique, en déplorant « le zapping d’une boîte comme SFR ». Enfin pour Patrick Braouezec, il est logique et légitime que les habitants se sentent « frustrés. Même si on satisfait 25 % des demandeurs d’emploi, 75 % ne le sont toujours pas. Mieux vaut toutefois être sur un territoire dynamique qu’en récession. D’un côté, cela produit de la désespérance, de l’autre de la frustration. Mais ici, au moins, il y a un champ des possibles ».


Réactions

Bonjour. Je cite: « C’est dans le temps que se crée la complicité avec le territoire », insiste Didier Paillard, vice-président de Plaine Commune au développement économique. C'est avec des phrases comme celles ci qu'on élude les problèmes dures et endémiques de la ville. On fait miroiter des postes proches de leurs domiciles mais ils ne sont pas pour les habitants. Les entreprises qui s'installent de la plaine ne se crée pas ex nihilo. Elles viennent avec leur salariés (parfois habitants de la ville) mais elles viennent surtout car nos deux champions ont promis (et ils les tiennent cette fois) des loyers et des impôts pas très élevés. Nos élus pensent aux 20 25% qui réussissent. Moi je pense au reste des jeunes qui ne voient pas d'issues pour leurs vies. Il faut que nos deux anciens maire sachent que le Lycée Suger a les pires résultat de France au bac. Tout en sachant qu'on a déjà bien écrémé avant la seconde. On en fait quoi d'eux. Ce n'est pas parce qu'on parle pas que le problème n'existe pas. Quand à l’inénarrable P. BRAOUEZEC...."Mieux vaut toutefois être sur un territoire dynamique qu’en récession. D’un côté, cela produit de la désespérance, de l’autre de la frustration. Mais ici, au moins, il y a un champ des possibles". Si je résume sa pensée totalement Marconiste... Soyez satisfait d'être sur un territoire ou il y a des entreprises car vous pouvez éventuellement par un concours de circonstance d'un départ en retraite obtenir un CDD. Allez dire cela aux salariés de SFR. Désespérant.
6000 habitants ont eu un emploi.. On fait ce qu'on veut des chiffres. Sont-ce des cdd ? Des cdi ? De l'intérim ? Le siège de Plaine commune est-il compris dans ce calcul ? Parce que si le chômage augmente régulièrement à Saint Denis depuis 20 ans, ce chiffre m'interroge grandement 8
Du boulot pour qui? Pas pour nos gamins de Saint-Denis seuls les enfants des élus trouvent un travail qui correspond à leur diplôme dans cette ville qui est sous emprise. Tout sauf ces conservateurs!

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