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/ Daumier honoré

Honoré Daumier, Rue Transnonain, le 15 avril 1834 (lithographie sur papier, 1834)  Musée d’art et d’histoire – Saint-Denis.
Honoré Daumier, Rue Transnonain, le 15 avril 1834 (lithographie sur papier, 1834) Musée d’art et d’histoire – Saint-Denis.

Il rêvait son nom aux côtés de ceux de grands maîtres mais c’est bien son coup de crayon qui grava son patronyme dans la pierre… calcaire. Lithographe novateur, caricaturiste hors-pair, artiste total, Honoré Daumier (1808-1879) était animé d’une énergie herculéenne qui lui fît réaliser près de 4 000 estampes entre 1830 et 1872. Une centaine d’entre elles sont réunies dans l’exposition « Daumier : actualité et variété » qui se tient au Musée d’art et d’histoire de Saint-Denis jusqu’au 9 juillet. L’ancien carmel possède une collection fournie de quelque 3 800 pièces, soit la quasi-totalité de l’œuvre de Daumier. Certaines sont issues de donations de collectionneurs tels que Jacques Rech, du fonds d’archéologie de la ville de Saint-Denis ou prêtées par la ville suisse de Bellinzona. En effet, le dessinateur entretenait un lien artistique fort avec le pays helvétique.

Une exposition qui interroge l’actualité

Techniquement, Daumier impressionnait par son tracé vif, la richesse de ses contrastes, sa force de composition et son aptitude à explorer ce très jeune medium qu’était la lithographie (elle ne fut inventée qu’en 1820). Baudelaire disait de son œuvre qu’elle « éveille des idées de couleurs. Son crayon contient autre chose que du noir bon à délimiter les contours ».

Honoré Daumier a ainsi donné ses lettres de noblesse a un art aujourd’hui encore sujet à la critique : la caricature de presse. Il a débuté sa carrière dans l’un des titres les plus reconnus en la matière, La Caricature, dans lequel il publia les fameuses Poires, représentations allégoriques qui moquaient Louis-Philipe 1er. Dans les années 1830, le monarque constituait l’une des cibles préférées de Daumier notamment après la publication du dessin « Gargantua » (non exposé au musée) qui valut à son auteur un séjour de six mois derrière les barreaux. L’embastillement de Daumier et de son éditeur Charles Philipon interrogeait, déjà, la portée, le rôle et les limites des caricaturistes sans cesse fragilisés par le pouvoir. La Caricature cesse de paraître provisoirement en 1835. Cet événement fait suite à la parution de l’une des plus célèbres estampes de Daumier, et actuellement exposée au musée, « La rue Transnonain ». Parue dans l’Association mensuelle (revue de soutien à la Caricature), cette gravure restituait le drame éponyme d’avril 1834. L’image de civils assassinés par un détachement d’infanterie suite à une manifestation qui a dégénéré, pointe du doigt le silence des autorités, sidère le grand public et les artistes. Baudelaire, encore une fois, définira cette estampe en ces termes : « Ce n’est point une caricature, c’est une page sanglante de notre histoire moderne, tracée par une main vigoureuse et dictée par une noble indignation ».

La Caricature sera absorbée par le premier quotidien satirique du monde, le Charivari, dans lequel Daumier continue de publier durant les années 1840 et au début des années 1860. A noter qu’un atelier-visite se tiendra le 19 mai au musée et entrera en résonnance avec le génie humoristique de Daumier et sa vision acerbe des responsables politiques, la magistrature, la petite bourgeoisie parisienne…

Une exposition qui cherche le commun

C’est peut-être parce qu’il s’est confronté à des épisodes marquants de l’histoire politique française (la Monarchie de Juillet, le Second Empire, la Guerre Franco-prussienne, la Commune de Paris, la IIIe République…) que Daumier a su crayonner si généreusement tout au long de sa carrière. Mais, à l’instar de son ami peintre Jean-François Millet, Daumier était aussi le témoin direct de son époque, fuyant le courant romantique, lui préférant le réalisme social. En atteste une grande partie de ses lithographies inspirées du Paris populaire : Honoré Daumier illustrait, déjà, les heures d’attente interminable sur les quais des trains. Ses dessins « La glaneuse », « Le ravageur » ou « Le ramasseur de bout de cigares », renvoient à une économie de la débrouille qui prend vie sur le terreau fertile de la misère. D’autres estampes, plus graves encore, en disent long sur le mal-logement au sein de la Ville Lumière : Les sous-plex, les sans domiciles fixes, la sur-occupation des habitations… Là encore, ces gravures résonnent avec notre actualité.

A l’aune de son œuvre, Daumier est considéré comme l’un des artistes plus importants de son temps, un visionnaire dont le travail est devenu une référence auprès de ses contemporains, les peintres impressionnistes Toulouse-Lautrec, Monet, Renoir ou Cézanne.

Le musée d’art et d’histoire de Saint-Denis offre un plongeon dans l’œuvre prolifique d’un illustrateur de génie, avant-gardiste éclairé, dont la plume a fait forte impression.

MLo

Exposition réalisée en partenariat avec le musée de Bellinzona (Suisse).

Renseignements et inscription atelier.
Au 01 42 43 37 57

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