À la une En ville Portrait

Agnès Cluzel
/ Dans le sens des sans

Antiraciste. Cette ancienne infirmière du centre de santé Barbusse prend sa retraite dans l’Yonne, après vingt-cinq années passées à Saint-Denis, à militer sans relâche pour les exclus, les vulnérables, les malmenés.
Agnès Cluzel
Agnès Cluzel

« Que ce soit bien clair, je ne fuis pas Saint-Denis », tient d’emblée à préciser Agnès Cluzel, comme si son départ ne pouvait se faire autrement qu’à contrecœur. Comme si la question c’était « pourquoi tu t’en vas ? », alors que la préoccupation commune c’est « quand est-ce que tu reviens ? » À l’heure où la retraite appelle cette ancienne infirmière du centre de santé Barbusse à s’installer dans l’Yonne, se rapprocher des enfants et petits-enfants de Jean-Claude, son compagnon et complice depuis vingt ans, Agnès ne peut rien promettre. Si ce n’est qu’elle continuera « dans ce terreau de la droite et de l'extrême droite » à militer haut et fort avec les Roms, les réfugiés, les sans-papiers, et tous les autres « sans », conformément à l’engagement antiraciste qui a fait sa popularité après vingt-cinq ans de présence à Saint-Denis. « C’est marrant d’ailleurs comment tout ce qui chez moi était auparavant considéré comme un défaut est devenu une qualité quand je suis arrivée dans le 93 », se souvient Agnès. Trop solidaire, trop contestataire… « On me reprochait toujours d’en faire trop. » 

« Entre Louise Michel et de Mère Teresa »

Ce côté « empêcheuse de tourner en rond », elle le cultive depuis son enfance, passée « au fin fond de la Bretagne », où elle est née en 1957, dans un milieu paysan et austère. « Très peu de loisirs et de fêtes, le travail était la seule valeur essentielle. » Seule fille d’une fratrie de cinq, on attend d’elle la parfaite ménagère. C’est tout le contraire. « Je détestais la couture et les travaux domestiques, on me disait que j’étais “bonne à rien”. » Avec un penchant naturel pour les vulnérables, on lui signifie aussi souvent combien elle a « bon cœur ». Éprise de littérature et d’actualités, elle se passionne ado pour la lutte des classes et le syndicalisme, dévore Gandhi et Martin Luther King et prend le parti de l’antiracisme avant même d’avoir croisé de gens venus d’ailleurs. C’est ainsi qu’à la fac de Brest, la rencontre avec des étudiants étrangers engagés dans la lutte anti-impérialiste lui fait rater son année. « C’était comme une deuxième école d’être avec eux, tout simplement fabuleux. » 

Pour satisfaire la commande familiale, elle accepte d’entrer à l’école d’infirmière et de se tourner vers « un métier de femme ». Engagée syndicalement avant même d’être diplômée, cette rébellion affichée l’oblige à changer de région, pour espérer décrocher un boulot. Direction l’hôpital de Nancy, où le naturel la rattrape au galop. Créant seule son comité de lutte pour les prisonniers politiques. S’impliquant avec la CGT dans le conflit de la sidérurgie, jusqu’à animer la radio clandestine « Lorraine Cœur d’acier ». Devant faire face à la mairie qui veut dénoncer son action excessive en faveur des sans-papiers, ou encore à l’huissier, après un boycott de ses impôts pour protester « contre la construction d’un sous-marin nucléaire ». De la Meurthe-et-Moselle, elle part pour les Yvelines, aux Mureaux, « le comble de la stigmatisation territoriale », où elle poursuit ses combats, toujours à la frontière « entre Louise Michel et de Mère Teresa ».

N’ayant toujours connu que la grosse machinerie hospitalière, elle découvre avec bonheur l’existence des centres de santé, à l’aube des années 1990. C’est à la faveur de cet « outil professionnel extraordinaire, où le soin ne s’arrête pas à la plaie et qui permet d’accueillir la personne dans sa globalité », qu’elle pose ses valises en Seine-Saint-Denis, découvrant Pierrefitte avant Saint-Denis, et surtout le comité local du MRAP, où allaient désormais pouvoir se structurer « toutes les luttes portées jusqu’alors de manière un peu trop personnelle et décousue ! » 

Linda Maziz
 

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