En ville Portrait

Jean-Marc Bourquin
/ Dans l’œil des luttes

Militant. Ce prof de photo retraité ne saurait dire le nombre de combats qu’il a soutenus, localement comme nationalement, pour la jeunesse, les ouvriers, les sans-papiers…
Jean-Marc Bourquin.
Jean-Marc Bourquin.

« Il y en a eu tellement ! » Vouloir cerner ses luttes emblématiques, c’est se confronter à l’embarras du choix. Un demi-siècle de militantisme, ça en fait des souvenirs. Ou plutôt « des briques de mémoire », comme les appelle Jean-Marc Bourquin, qui les conserve aussi par cartons. « C’est mon côté hamster. Chez moi, y en a partout. Des affiches, des tracts, des journaux, j’ai tout gardé. » Moins collectionneur qu’archiviste, un peu comme un gardien de cette histoire que ce titulaire d’une maîtrise en la matière n’a pas eu l’occasion d’enseigner, mais qu’il a toujours eu le souci de transmettre. Convaincu que « les choses ne commencent jamais maintenant », là où ses parents avaient pensé faire table rase du passé. « Eux disaient toujours qu’après la guerre, ils sont passés à autre chose, fait des gosses et arrêté de parler politique. »

Comme les autres aînés de la famille, ce couple d’anciens résistants des Cévennes a appelé ce premier fils « Jean-quelque-chose ». C’est ainsi que depuis sa naissance en 1947 à Montmorency,il porte sur lui la mémoire de Jean, le frère de son père blessé dans le maquis puis déporté à Buchenwald et à Dora où il est mort. « Une histoire un peu lourde », autant que le silence qui l’accompagnait. Car sans conscience politique, c’est comme si Jean-Marc Bourquin n’avait pas eu d’existence. « Avant j’étais en crise, une sorte de mal-être compliqué. J’ai raté trois fois mon bac... » Sa « naissance », « avec la vie qui soudain explose et prend un sens », il l’a vécue étudiant, à 21 ans. Révélé par Mai 68, bercé par ses AG, ses manifs, porté par le mouvement trotskiste. « D’un coup, tu comprends que tu peux bouleverser l’ordre des choses et fabriquer l’histoire. C’est un sentiment que tout le monde devrait connaître au moins une fois. » Celui-là même ne l’a jamais quitté, fidèle moteur d’une vie passée à essayer de faire bouger les lignes.

Entré à la Ligue communiste à sa création en 1968, celui que l’on continue de croiser chaque dimanche matin à l’angle Péri-République y tracte depuis 1970. « Au départ, ça n’avait rien d’évident d’exister face au PC, on a eu de sacrés affrontements. » Ce qui ne l’a pas empêché de toujours chercher à faire avec la municipalité plutôt que contre, dans tous les combats qu’il a embrassés, tant au niveau local qu’à l’échelle nationale, pour soutenir la jeunesse, les ouvriers, les sans-papiers… Cofondateur aussi du Réseau Solidarité Logement, mobilisé dernièrement pour les expulsés du 168 Wilson, qui après avoir campé devant leur ancien immeuble ont fini par réquisitionner un hôtel désaffecté. « Ça a l’air de bien se passer, je n’ai pas eu de nouvelles depuis février ».

Faut dire qu’après, il a été happé par la « formidable » campagne présidentielle de Philippe Poutou. Il est fier d’avoir réalisé la photo de l’affiche du candidat NPA, lui qui après avoir bossé en imprimerie s’est fait recruter par l’Éducation nationale en 1989 pour y enseigner la photographie, avant que la retraite ne le rattrape il y a six ans. Même s’il lui reste le militantisme, c’est difficile de ne plus faire partie du camp des travailleurs.« On se sent comme en dehors… Comme tu n’as plus le droit de grève, tu sais que ce n’est plus toi qui vas bloquer le pays. » C’est aussi accepter que cette révolution qu’il appelle de ses vœux depuis qu’il l’a touchée du doigt en 68 se fera peut-être sans lui. « Mais de toute façon la lutte des classes elle s’exerce. Comme l’histoire, qui de toute façon nous transperce. »


Réactions

Salut à ce militant sincère qui ,toujours, a été fidèle à ses engagements . D'accord ou pas d'accord avec ses idées, il n'en reste pas moins qu'aujourd'hui, en ses temps, ou le changement de vestes au gré des opportunités et de ses intérêts fait florès cette constante humaniste fait plaisir. Remerciements Monsieur Bourquin.

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