+Vous

Courrier des lecteurs

Réflexions désabusées d’un nouvel habitant, qui a acheté dans le programme des bords de Seine

Le préfixe « néo » est à l'origine de plusieurs mots en français exprimant la nouveauté. Néo-cité, signifierait donc, nouvelle cité. Le promoteur du «néo-programme résidentiel» fait une promotion alléchante sur son site internet qui vous invite à découvrir la nouvelle cité à quelques minutes du centre-ville de Saint-Denis avec :

1. Des commerces et des services de proximité

2. Un environnement calme et sécurisé

3. Une architecture et une conception orientées vers le confort et les économies

4. Des appartements fonctionnels et lumineux avec vue sur jardin paysager

5. Une proximité immédiate à la gare RER et SNCF

Arrêtons-nous un instant sur ces différents points.


1. Des commerces et des services de proximité

À ce jour, ils sont inexistants. La crèche n’est toujours pas validée, alors qu’elle avait «été vendue » comme un atout majeur du programme pour attirer les jeunes couples. Les prix prohibitifs en ont découragé plus d’un, en commençant par la ville, qui n’a pas à ma connaissance, trouvé d’accord pour débloquer cette situation. L’espace dédié à la future crèche continue à se dégrader de l’intérieur, il laisse les défauts de construction comme une cicatrice béante au milieu de ce programme qui ne ressemble à rien d’autre qu’à une arnaque à grande échelle validée par toutes les parties prenantes.


2. Un environnement calme et sécurisé

Une moquerie sans nom, irrespectueuse pour les résidents présents, qui ne sont pas sereins dans leur grande majorité (dégradation de véhicules, dans l’enceinte même des parkings « sécurisés », des carcasses de voitures volées planquées dans les parkings, des vols qui ont lieu sur le chantier, dans les appartements occupés (et non occupés), des tags qui ont déjà fait leur apparition pour marquer un terrain qui ne souffrira jamais de la « Brooklynisation » (ou « Levalloïsation ») décriée dans un article qui faisait l’apologie de ce programme innovant. Nous n’en avons même pas les moyens, quelle prétention de croire même que ce programme pourrait un jour ressembler à un Neuilly-sur-Seine, version low cost !

Un village Roms toujours présent, car le « chantier » d’insertion prévu pour ces familles n’est pas allé au bout du processus d’insertion et de relogement de ces familles (dixit la Préfecture). Une école éphémère construite en mitoyenneté avec ce village barricadé par des panneaux en bois « cache misère » qui promettent eux aussi un cadre de vie agréable et ambitieux pour le quartier de la gare de Saint Denis. Une place Jemâa El Fna, version dionysienne avec des brochettes de viande (avariée) à un euro, dont personne ne se préoccupe ! Au contraire, elle attire de nouveaux vendeurs, car à 600 euros par jour en moyenne (j’ai moi même interrogé un vendeur), par caddie, le business est colossal (4200€ par semaine). Je réfléchis moi-même à ce concept avec une déclinaison en brochette de poisson ou bagel corner version « street ghettohood ».

Cette même place, « la place des trépassés », traduction littérale de Jemma el Fna, était autrefois une place d'exécution publique… qui rejaillit à Saint-Denis comme une réincarnation naturelle, sur une des places les plus criminogènes de la Seine-Saint-Denis. Un vrai retour en arrière, car, le parvis et ses environs dessinent un paysage lugubre où l’argent sale fait foi (et loi) et où les règlements de compte s’expriment comme à l’âge médiéval à coup de sabre, bouteilles et armes à feu de dernière catégorie.

Un parvis de la gare souillée par le carbone, et toutes les inhalations que nous faisons supportées à tous les passants, une fumée passive dangereuse, car cancérigène. Des vendeurs à la sauvette de « Marlboro bled » qui alimentent les circuits terroristes… Alors, comment vous dire, je n’ai absolument pas la même définition de la sécurité… Et je suis loin d’être un obsessionnel compulsif de la sécurité ! (Et non, je n’ai pas ma carte de membre au FN, arrêtons avec cette hypocrisie ambiante qui consiste à faire l’opprobre aux citoyens soucieux de leur sécurité quotidienne ! Comme si les résidents des villes « pauvres » n’ont pas droit à une sécurité optimale et digne de ce nom sous prétexte qu’ils subissent au quotidien les plus viles abjections de la délinquance de routine (après tout c’est normal, de quoi se plaignent-ils ?!)


3. Une architecture et une conception orientées vers le confort et les économies

Les économies, oui, des vraies économies faites sur le dos des propriétaires, avec des matériaux, et du matériel, bas de gamme, qui ne résistent pas à la moindre contrariété.

Une inondation provoquée parce qu’il ne fallait surtout pas installer des compteurs d’eau individuels, le chauffage qui n’est toujours pas optimal (la pompe a déjà été changée alors que le programme existe depuis moins d’un an). Des fuites dans le parking, des armoires avec tableaux électriques « à ciel ouvert » pas du tout sécurisés et sécurisants (un drame a été évité de justesse dernièrement suite à un grave dégât des eaux). Une architecture qui n’a pas été respectée, avec des erreurs qui relèvent de l’amateurisme…


4. Des appartements fonctionnels et lumineux avec vue sur jardin paysager

Des appartements fonctionnels et lumineux avec vue sur jardin paysager et des vis-à-vis directs sur l’intimité des voisins, je comprends qu’il faille favoriser la proximité et le vivre ensemble, mais, là on est carrément dans la « sur-proximité » et le « survivre ensemble ». Aucune logique de construction par étape de la cohésion sociale, de la diversité et du partage de la citoyenneté. On a cautionné une nième histoire de ghettoïsation par le bas… qui ne fera que rajouter une chronique d’une mort annoncée d’un chantier qui porte mal son nom, car non, il n’y a rien de nouveau, bien au contraire. C’est bel et bien une antique cité qui s’est construite sous nos yeux… Nous n’avons rien retenu de nos pairs, nous n’avons rien retenu des règles basiques de la civilisation…


5. Une proximité immédiate à la gare RER et SNCF

C’est finalement le seul argument avéré, et je complèterai même avec une proximité immédiate des quais de Seine ultra saturés dès les premières lueurs du jour et un équipement de voirie pas adapté à une telle saturation de véhicules qui provoquent de nombreux accidents…dont j’ai été moi-même témoin à plusieurs reprises.

Alors oui, dans la cité antique, quoi de plus réel, qu’une chimère pour illustrer le site du promoteur. Nous sommes bien dans une logique symbolique d’utopie impossible…le 93 n’est cantonné qu’à une ambition de département de la loose, la débrouille !

Je rassure ceux qui crient à la « Levallois-Perretisation » de la ville, nous n’en avons que la forme... Mais malheureusement pas le fond (parce que les Levalloisiens peuvent au moins se vanter d’avoir un environnement et un cadre vie plus agréable qu’à Saint Denis).


M.P (un résident exaspéré)

Réactions

Réagissez à l'article

(ex. : votre.nom@fournisseur-internet.com) Cette adresse ne sera pas publiée sur le site.
ATTENTION : Afin d'éviter les abus, les réactions sont modérées 'a priori'. De ce fait, votre réaction n'apparaîtra que lorsqu'un modérateur l'aura validée. Merci de votre compréhension.
CAPTCHA
Cette question nous permet de vérifier que vous n'êtes pas un robot spammeur
Image CAPTCHA
Saisir les caractères affichés dans l'image.