Portrait

Yannick Delœuvre
/ Bénévole de cœur

Maraudes. Deux soirs par semaine, il sillonne la ville dans le camion des Restos du cœur pour servir des repas aux personnes à la rue.

Alors qu'on se dirige vers l'arrêt du tramway de la Porte de Paris, un jeune homme arrête Yannick Delœuvre pour le saluer. « Ça va ? Cela fait des mois que je ne te vois plus ! », s'exclame le bénévole comme on retrouve une vieille connaissance. Quand il se balade dans les rues de Saint-Denis, cela lui arrive souvent de croiser des bénéficiaires de la maraude de nuit des Restos du cœur. « On me dit “tu étais là quand on était dans le besoin. Maintenant qu'on a une situation, un travail, un logement, on n'a plus besoin de venir.” Quand ils ne viennent plus, c'est qu'ils s'en sortent », raconte ce Dionysien de 46 ans. La personne rencontrée a trouvé un emploi stable au marché de Rungis. Il est parti vivre à Bagneux dans les Hauts-de-Seine au sud de Paris.

« Je veux aider d'autres gens comme j'ai été aidé »

Deux soirs par semaine, Yannick prend part à l'une des sept maraudes de l’association en Seine-Saint-Denis. Le camion va de point en point, de l’hôpital Delafontaine jusqu'au centre-ville, pour servir en moyenne 130 repas chaque soir de l'année. La maraude ne s’arrête jamais, contrairement aux accueils de jour de la campagne hivernale. Les horaires sont rudes : il commence vers 19 h 30 avant de rentrer chez lui vers 2 h du matin, voire plus tard. Bénévole depuis trois ans, il a hésité à arrêter au début. Lui qui se réveille tôt pour aller travailler comme maître ouvrier chez Bouygues Bâtiment. « Le désarroi des gens m'a fait revenir. On peut donner un coup de main, les aider à sortir de la rue. » Rencontrer de nouvelles personnes, aider son prochain, il veut se rendre utile, « servir l'être humain». « Je veux aider d'autres gens comme j'ai été aidé », confie l'ouvrier.
 
Natif de Cambrai, Yannick a grandi dans le Nord. À l'âge de dix ans, il perd sa mère. Il est alors placé en famille d'accueil. Son histoire, il la raconte avec sérénité sans en rajouter : « Comme je le répète souvent, il ne faut pas oublier ton passé mais il ne faut pas vivre avec. » Aujourd'hui, ses trois frères, sa sœur et lui ont « une bonne situation ». « Ils sont tous propriétaires. Je suis le seul locataire », sourit Yannick, installé depuis sept ans à Saint-Denis. Fort d’un diplôme de peintre et de plaquiste, il quitte le Nord en 1989 pour travailler chez Bouygues en région parisienne. Aujourd'hui, l'ouvrier doit s'assurer du service après-vente des chantiers de l'entreprise. Il intervient quand il y a un problème. « On est le dernier maillon de la chaîne. C'est comme aux Restos du cœur. »

« On manque cruellement de bénévoles »

Traiter l'urgence alimentaire, c'est la mission principale de l'association. Lors de ses maraudes, il découvre une réalité difficile : des gens à la rue, d'autres qui vivent dans leur voiture, certains avec un logement mais qui n'ont pas assez pour manger. Hyperactif, Yannick utilise au maximum son réseau professionnel et politique pour les Restos. Énergique et investi, il parvient ainsi à récolter des sommes conséquentes : en 2015, 45 000 euros pour agrandir l'entrepôt départemental des maraudes à Aulnay-sous-Bois grâce à une mezzanine de 160 m2. Grâce aux dons de son entreprise mais aussi de mairies ou de la réserve parlementaire du député Mathieu Hanotin. Cette année, il a réuni environ 65 000 euros pour acheter de nouveaux camions. Le parc actuel est vétuste. Nouveaux véhicules ou non, Yannick appelle les personnes à s'engager. « On manque cruellement de bénévoles. L'autre soir, seulement trois camions sur sept sont partis dans le département. »
 

 
 
Contact pour la maraude: lamaraudedu93@gmail.com et 06 73 59 69 09.

Réactions

Merci a JSD et Aziz Oguz journaliste pour son article et a yann le photographe qui et venu sur la maraude merci a tout les deux
Bonjour Yannick, Je suis une étudiant argentine et j’ai lu votre portrait à la classe de français alors je voulais vous féliciter de tout ce que vous faites. Puisque vous donnez votre temps à la fondation et vous êtes très consacré à votre travail, je pense que vous êtes un excellent exemple pour les jeunes de votre communauté et du monde. Vous inspirez des personnes à être altruistes, responsables et vivre pour les autres. Je suis très heureuse de voir qu’il y a encore ce type des personnes au monde malgré des situations difficiles. Merci de votre action, Trini.

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