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L'Ecran
/ 120 battements... pendant trois semaines

Didier Lestrade, fondateur d'Act Up, à la librairie Folies d'encre, samedi 2 septembre
Didier Lestrade, fondateur d'Act Up, à la librairie Folies d'encre, samedi 2 septembre

« Le sida, je considère que ça a été comme une guerre », dit Didier Lestrade. Samedi 2 septembre, le premier président de Act’Up est à la librairie Folies d’encre pour présenter la réédition de son livre écrit 17 ans plus tôt, Act’Up, une histoire. (Editions Denoël) « Après une guerre, les survivants ne veulent plus en parler, ils veulent oublier. Et pendant ce temps-là, la mémoire disparaît », continue-t-il. « Le film et son succès prouvent qu’on avait perdu la mémoire de ce qui s’était passé. » Le film, c’est 120 battements par minute, de Robin Campillo, qui retrace le combat des militants d’Act’Up au début des années 1990 et qui sera exceptionnellement projetéjusqu'au 19 septembre  au cinéma l'Ecran.

On pourrait dire qu’il y a deux films en un. D’abord, un film politique qui illustre un combat contre l’inaction des pouvoirs publics, contre le cynisme des laboratoires, contre l’homophobie, le racisme, l’indifférence de l’opinion pour le sort des réprouvés, homosexuels, prostitué.es, prisonniers… Avec son réalisme nerveux, le film donne sa juste mesure à l’activisme radical d’Act Up : une question de vie ou de mort.

Mais 120 battements… est un peu trop long (142 minutes) pour soutenir le tempo admirable qu’il impose d’entrée. Puisque la guerre contre le sida se joue en même temps à l’intérieur de chaque corps, Campillo et son coscénariste Philippe Mangeot racontent aussi l’agonie d’un homme qui sent ses défenses immunitaires s’effriter sous les assauts inlassables du virus, le décompte inexorable des derniers lymphocytes figurant les rangs décimés d’une armée qui se bat sans espoir de gagner. Cet homme qui meurt venait de trouver l’amour, ultime cruauté du sort déguisée en consolation. Campillo filme cette déchirure sans un mot ni un plan inutile. Mais la tragédie individuelle le détourne du récit du combat collectif. Le temps qu’il y revienne, pour montrer la consolation du survivant — la poursuite de la lutte —, le rythme de son film est un peu faussé. Il reste une œuvre foisonnante, poignante, admirablement interprétée, et forte d’enseignements.

« C’est une histoire qui parle de l’engagement, il y a quelque chose d’héroïque, de chevaleresque. Act’Up a été une formation, une école. Ca peut être une inspiration », espère Didier Lestrade. « C’était un groupe tourné vers l’action, vers l’efficacité. » Sa victoire ?  « En quelques années, avec les autres associations, on a réussi à obtenir le développement de traitements efficaces. Aujourd’hui, si l’on a accès aux soins, le sida est devenu une maladie chronique. » Quant à l’histoire, le livre et le film ne suffisent pas à la résumer. « On attend toujours un centre des archives LGBT à Paris, la capitale d’Europe la plus touchée par le sida », regrette Didier Lestrade.  « Je suis en train d’écrire un article sur ce sujet.  Je ne vais pas lâcher Anne Hidalgo. »