À la une Portrait

Fatima Temri Vrolant
/ Être femme

De Safi au Maroc où elle est née, à Saint-Denis où elle est arrivée par amour, elle balade son look rock et ses tatouages. Une apparence qui dit sa liberté, mais ne laisse pas supposer une passion largement partagée par la gent masculine…

« 49 ans. » Fatima Temri Vrolant ne fait aucune coquetterie. « J’aime mon âge, car chaque seconde de ma vie, je l’ai appréciée. » Le pire comme le bon, qui ont construit cette femme « libérale, militante, ouverte d’esprit », au look affirmé : cheveux ultra-courts, blonds ou bruns, bagouses rock, mains de fatma et tatouages. On la croit volontiers féministe. Ce qu’elle récuse. « On n’a pas à militer pour être femme ! Mais j’ai toujours cru que la femme est un être primordial. Si on lui donne ses droits et qu’on l’estime, on construit une société saine. » Fati, comme on la surnomme, mène donc sa vie sans se soucier de son genre. Fréquente les troquets comme il lui chante, dénude ses bras et jambes selon ses envies. Au Maroc, à Safi sur la côte atlantique où elle est née, comme en France, où elle est arrivée il y a dix ans.

Elle a 5 ½ ans quand son père – policier, artisan potier et fondu de foot – meurt. Sa jeune mère doit alors élever seule six enfants. « Je lui rends hommage car elle a fait de nous ce qu’on est maintenant. » Quatre grands frangins, une petite sœur « voilée. Ma famille est très pratiquante. L'un de mes frères est même un député islamiste ». Fati, musulmane, « on ne peut pas m’arracher à mes racines », pratique « à [sa] façon ». « Je ne fais pas les cinq prières par jour. Mais je tends la main à celui dans le besoin. » Très tôt, elle détonne dans cette famille « très conservatrice ». « À 7 ans, je jouais au football en cachette de mes frères. Pieds nus. »

« On parle beaucoup des immigrés qui profitent du système… »

Elle grandit. Étudie. Décroche un diplôme en science éco. Devient responsable du patrimoine de la municipalité de Safi en 1991. « De l’animation sportive et culturelle, aussi. Je travaillais avec le public et le ministère de l’Intérieur. » Entre-temps, elle se marie, divorce aussi sec, élève seule son fils, 23 ans aujourd’hui, qui l’a rejointe il y a six ans en France. « J’en suis fière. Il est en CDI chez Veolia, milite à la CGT… Comme quoi ! » Comme quoi « on parle beaucoup des immigrés qui profitent du système. Alors que beaucoup s’intègrent, apprennent de la France et transmettent de leur culture ».

En 2001, cette grande sportive concrétise un rêve, son « bébé d’amour » : monter un club de foot féminin. « Au début, on n’était qu’une association. Puis un club, jusqu’à devenir champion national de 1re Ligue A. Comme quoi ! » Contre toute attente, les matchs des footballeuses remplissent les stades de pères et de frères, à fond pour elles. Un tour de force dans cette « société machiste », qui confère à Fati reconnaissance et respect. Et lui valent – et à l’équipe qu’elle entraîne – quelques articles dans la presse française, L’Équipe Magazine, Closer… Et de figurer dans un livre de photos, Terre de foot. Aujourd’hui, si elle a « gelé » son club de foot, elle suit toujours « ses filles », pour lesquelles elle nourrit « un grand projet ».  

En 2007, elle quitte son pays, « un choix difficile », pour rejoindre son second mari, français. Donne naissance à une fille. Et ronge son frein. « Au Maroc, je m’étais battue pour avoir un statut. En France, je n’étais rien du tout. » Elle se forme, fait valoir ses compétences et, de fil en aiguille, de poste en poste, devient chargée d’exécution des marchés de l’entretien, « ce que j’avais déjà exercé au Maroc », à la mairie de Saint-Denis « à laquelle je suis redevable, car aujourd’hui je suis professionnellement comblée ». De retour au bled, parfois des gamines lui témoignent leur admiration, comme exemple d’une femme libre. Pour peu qu’elles le suivent, Fati doit aussi se sentir humainement comblée…


Réactions

Très bon article. Une femme remarquable !
Mme Fatima Temri est une des braves Safiotes dont je suis fière…..C'est un oiseau très rare…je lui souhaite une très bonne continuation ds sa vie sur tout les plans.
Fati est une femme remarquable je l ai connue de près c est un grand coeur plein d ammour je lui souhaite une vie pleinne de succès de joie et de prospérité.

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