Portrait

Laure Isnard
/ À fond la caisse

Carrefour. Cette caissière travaille dans l’hypermarché du centre-ville depuis plus de trente ans, quasiment depuis l’ouverture. Le temps n’a tari ni sa bonne humeur, ni son amabilité sincère envers chaque client.

Elle fait mine avec les mains de passer un article devant le scanner de sa caisse, geste qu’elle a dû répéter des millions de fois. « Si ça se résumait à ça, mon métier, je serais devenue folle ! » Depuis avril 1987, Laure Isnard est hôtesse de caisse au magasin Carrefour de Saint-Denis. « Tu ne peux pas faire ce travail pendant trente ans par obligation. » Son truc, c’est le contact. « Je suis très bavarde, c’est naturel. Et je suis exactement la même à l’extérieur. » Toute jeune, Laure est fleuriste plumassière. « Je fabriquais des fleurs artificielles. » Elle passe trois ans dans un atelier à Paris, place des Fêtes. Pour la jeune femme, c’est plutôt le bagne. « Je m’ennuyais. » Elle enchaîne des petits boulots, « à droite à gauche », jusqu’à ce que l’ANPE lui propose une formation de caissière. « Ça m’a plu. » Et ça fait trois décennies que ça dure.

« Tout client a droit à un mot gentil. La famille avec un chariot plein comme le gars qui vient juste acheter une bière. »Son amabilité et sa bonne humeur non forcées ont eu raison de bien d’un client grincheux. Comme ce quinqua à l’accent du Sud pestant dans la file d’attente, interminable ce jour-là. L’impatient ne concevait pas que Laure prenne le temps de papoter voire plaisanter avec chaque client. Arrive son tour. Il répond par politesse au « bonjour Monsieur » de Laure. Elle capte son phrasé chantant, lui dit qu’il apporte le soleil, s’enquiert de quelle région il vient… En deux coups de cuillères à pot, le ronchon était conquis et rangeait ses courses tout sourire. Un petit miracle d’humanité quand on connaît les tensions récurrentes dues en partie au sous-dimensionnement de l’hyper (en 2017, quelque 2,4 millions de passages en caisse enregistrés).

« Je me suis toujours trouvée bien ici »

Cette année, des mouvements de personnels ont secoué le groupe Carrefour, motivés notamment par l’annonce de licenciements. L’enseigne dionysienne n’est a priori pas concernée par ce dégraissage et Laure relativise. « Je me suis toujours trouvée bien ici. » Elle aurait pu postuler au Carrefour qui se trouve à deux pas de chez elle, dans les Hauts-de-Seine, mais n’y a jamais songé : « Je suis casanière. » Elle préfère faire 40 minutes de transports en commun pour retrouver ses collègues et « ses » clients. « Je ne suis pas la seule à avoir mes habitués, tient-elle à préciser, étonnée que le JSD la mette, elle, en avant. D’autres caissières et caissier ont les leurs. »

Décidément casanière, Laure adore s’occuper de son coquet appartement qu’elle habite depuis seize ans. Les images de son nid douillet sont stockées dans son smartphone. « J’ai refait ma cuisine cet hiver. Une promo que j’ai pu m’offrir grâce à ma prime. » Très famille aussi, elle se réjouit d’avoir encore ses parents. « Mon père a 87 ans, ma mère 82. » Mais regrette de ne pas avoir davantage connu ses grands-parents maternels, dont elle est si fière des origines. « Ma grand-mère était andalouse, mon grand-père portugais », comme Tony Carreira, chanteur lusitanien dont elle est fan.

Laure ponctue néanmoins sa routine assumée d’escapades au soleil. « J’ai eu un coup de cœur pour le Pays basque. » Elle rêve de s’y installer plus tard, comprendre à sa retraite, dont elle ne pipera mot sur l’échéance. Car la coquette s’amuse à faire mystère de son âge, que de toute manière elle ne fait pas. « En gros, j’aime le Sud. Et j’y ai des amis, insiste-t-elle. D’anciens clients partis vivre dans le Var m’ont même laissé leurs coordonnées pour que j’aille les voir. »

Mais sa vie de caissière n’est pas toujours un long fleuve tranquille. Pour les « clients difficiles », Laure a sa méthode. « Face à ceux qui arrivent énervés, il ne faut surtout pas être plus énervé qu’eux. Je fais comme si de rien n’était. Sinon, c’est là que ça pète ! » Et les jours où elle n’est pas dans son assiette, une migraine vissée au fond du crâne, le besoin d’échanger l’emporte sur la douleur. « Je crois qu’il faudrait me couper la langue. »


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