Cultures

Hiam Abbass au PCMMO
/ « Une vraie création, de vrais talents, de vrais sujets »

L’actrice et réalisatrice, révélée dans Satin Rouge en 2001, est la marraine du Panorama des cinémas du Maghreb et du Moyen-Orient 2017. Soirée d’ouverture à l’Écran le 25 avril.

Événement qui prend de l’ampleur chaque année depuis douze ans, le Panorama des cinémas du Maghreb et du Moyen-Orient (PCMMO) offre au public francilien une immersion dans la cinématographie orientale afin d’en sonder les foisonnantes profondeurs. L’édition 2017 qui se tiendra du 25 avril au 14 mai, proposera au total 50 films projetés entre lieux parisiens prestigieux, tels que l’Institut du monde arabe ou le Louxor, et spots banlieusards de qualité comme le Studio d’Aubervilliers et l’Écran à Saint-Denis, où est justement né le festival. La soirée d’ouverture aura lieu dans le cinéma dionysien avec l’avant-première du film À mon âge, je me cache encore pour fumer, réalisé par la comédienne franco-algérienne Rayhana. Ce film percutant se déroule dans l’intimité d’un hammam à Alger durant les années noires. Dans ce huis-clos vaporeux, les langues des femmes se délient illustrant les espoirs d’une société écartelée, en proie à une violence aveugle.

Au casting, on retrouve l’actrice et réalisatrice Hiam Abbass, révélée dans l’excellent Satin Rouge (2001), et qui n’est autre que la marraine du PCMMO 2017. Née à Nazareth, plus grande ville arabe d’Israël, elle vit actuellement à Paris. « Le passeport n’est qu’une permission pour passer les frontières. Mes deux grandes maisons sont la France et la Palestine », considère-t-elle. La comédienne décolle volontiers l’étiquette d’artiste « engagée » que la presse lui plaque sur le front. Elle préfère le terme « planétaire ». « J’aime faire des choses quand il y a nécessité de dire quelque chose et de jeter des interrogations », justifie-t-elle. La photographe de formation croit dur comme fer au potentiel du cinéma oriental qu’elle juge en « bonne santé ». « Il y a une vraie création, de vrais talents, de vrais sujets… Il existe une jeune génération pleine d’envie qui veut trouver sa place dans le monde du cinéma. » Actuellement, Hiam Abbass prépare un long-métrage dans un camp de réfugiés palestiniens. Un film à mi-chemin entre la fiction et le documentaire dans lequel les acteurs amateurs occuperont une place centrale. L’intérêt de l’œuvre reposera sur le processus de création de la pièce La Maison de Bernarda Alba écrite par Federico Garcia Lorca… L’actrice palestinienne sera présente à Saint-Denis lors de l’ouverture du festival, mais aussi pour les projections de Héritage (son premier long métrage en tant que réalisatrice) et Corps Étranger organisées le 29 avril et lors de la table ronde « Femmes et cinémas » le 27 avril où elle y présentera le court-métrage Clichés de Nadine Naous.

 

Saint-Denis, cœur du festival

Comme la tradition l’exige presque, le cœur du PCMMO battra à Saint-Denis. Le festival ratisse large encore une fois en laissant la part belle de sa programmation au genre documentaire. Le public se laissera émouvoir par l’histoire poignante d’une mère de cité confrontée à la démolition de sa tour HLM dans L’horizon ne s’arrête pas à La Courneuve de Dalila Choukri. Des interrogations sur le rapport au corps féminin qu’entretient la société tunisienne traditionnaliste naîtront avec Le Verrou signé Leila Chaibi et Hélène Pote. Les témoignages d’anciens prisonniers libanais en Syrie saisis dans Tadmor de Monika Borgman et Lokman Slim, mettront les spectateurs au cœur d’un drame humain. Le combat humaniste de Farouk Mardam-Bey, éditeur originaire de Syrie portraituré dans Un assiégé comme moi de Hala Alabdalla, nous éclairera sur les problématiques contemporaines qui touche le pays levantin. Enfin, Kaouther Ben Hania nous plongera dans l’intimité d’une adolescente tunisienne émigrée au Canada dans Zaineb n’aime pas la neige, récompensé d’un Tanit d’or aux 27e Journées cinématographiques de Carthage.

Les fictions ne seront pas en reste puisque le PCMMO en a programmé quatre à l’Écran dont l’ambitieux et touchant Sonar réalisé par Jean-Philippe Martin et dans lequel joue la Dionysienne Eminé Meyrem ainsi que Divines de Houda Benyamina, primé au festival de Cannes d’une Caméra d’Or.

Maxime Longuet

Du 25 avril au 14 mai à l’Écran (14, passage de l’Aqueduc). Programmation complète sur le www.pcmmo.org ou www.lecranstdenis.org

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