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Hôpital Delafontaine
/ « Nous avons décidé d’ouvrir le hall B pour accueillir les nombreuses familles à la rue avec enfants »

Yolande Di Natale, directrice de l’hôpital Delafontaine depuis quatre ans, a pris le temps pour le JSD de faire le tour des sujets d’actualité qui agitent la fonction publique hospitalière au niveau local et national.
Yolande Di Natale, directrice de l'Hôpital Delafontaine et du GHT Plaine de France
Yolande Di Natale, directrice de l'Hôpital Delafontaine et du GHT Plaine de France

Le JSD : Dans quelle situation avez-vous trouvé Delafontaine à votre arrivée en 2014 ?

Yolande Di Natale : Quand je suis arrivée, l’hôpital était en phase de fin de reconstruction. Le bâtiment neuf était achevé et le bâtiment de 1976 débutait sa réhabilitation étage par étage. Nous avions donc besoin de consolider le travail en routine de l’établissement. C’est un établissement qui connaît par ailleurs une dynamique d’activité très forte avec une démographie en croissance et une patientèle spécifique. Il fallait donc adapter l’hôpital à ces spécificités.

 

Le JSD : Peut-on rappeler en quelques chiffres ce que représente l’hôpital Delafontaine dans le paysage de l’offre de soins locale ?

YDN : C’est un des plus gros établissements de la région parisienne. L’hôpital Delafontaine ce sont 816 lits en chirurgie, médecine et obstétrique. Ce sont également 4 700 accouchements par an, ce qui en fait une des plus grosses maternités de France. Ce sont 120 000 passages par an aux urgences, record d’Île-de-France. Ce sont aussi beaucoup de services pointus, comme la neurologie, la médecine interne, la procréation médicalement assistée, ou le service de réanimation. Enfin, ce sont 120 000 consultations externes par an, qui permettent à la population d’accéder à des médecins spécialistes. En lien avec les centres de santé et les PMI de la ville, l’hôpital compense ainsi la faiblesse de la médecine de ville sur le territoire. Il est important de rappeler enfin que 80 % de la patientèle provient d’un périmètre de 5 km autour de l’établissement. Nous sommes donc bien un hôpital de proximité.

 

« Il y a des recherches d’optimisation »

 

Le JSD : Quel bilan tirez-vous du Groupement hospitalier territorial (GHT) avec Gonesse, alors qu’en 2016 Gonesse avait fait valoir sa déception de ne pas piloter le GHT ? Il n’y a pas de projet de regroupement physique des deux établissements en un seul ?

YDN : Les groupements hospitaliers de territoire sont devenus obligatoires en 2016. Du fait de l’histoire et de la situation géographique, Delafontaine s’est allié avec l’hôpital de Gonesse, établissement de taille comparable. Il a fallu travailler à ce regroupement en toute intelligence avec les équipes et aujourd’hui le projet médical et le projet de soins sont fonctionnels, les instances sont en place et un organigramme unique de direction a été validé. Il y a une vraie plus value à avancer ensemble, en termes d’attractivité des compétences et en termes de bonne gestion des deniers publics. Il a certes fallu surpasser les ressentiments liés au fait que Delafontaine soit l’établissement support du groupement. Aujourd’hui il n’y a plus de notion de support. Un équilibre s’est installé. Chacun contribue au même niveau aux décisions. Juridiquement on pourrait aller plus loin, mais quel intérêt ? Je vois mal comment on pourrait fermer un des deux hôpitaux alors qu’il s’agit de deux établissements qui tournent à plein régime. J’insiste sur un point : le GHT n’entraînera aucune fermeture de service clinique. En revanche, il y a des recherches d’optimisation. On a regroupé depuis le 1er janvier toute notre politique d’achat par exemple.

 

Le JSD :  Quels sont les grands projets en cours ou à venir en termes d’organisation, d’infrastructure et d’offre de soins ?

YDN : À Saint-Denis nous sommes toujours en mouvement. Nous sommes en train d’achever les travaux de notre nouveau service de réanimation qui sera livré fin 2018. Nous sommes en train d’automatiser toute la chaîne de laboratoire actuellement. Une maison des usagers ouvrira en juin au rez-de-chaussée du hall B. Une unité de soins continus en pédiatrie va ouvrir prochainement. Et on va surtout poursuivre les travaux de réhabilitation du bâtiment de 1976, à raison de la mise aux normes anti-incendie d’un étage par an. Au fur et à mesure, nous en profitons pour refaire les services. L’année prochaine ce sera au tour du service de pédiatrie d’être rénové. À moyen terme, en partenariat avec la Ville, nous travaillons également au déménagement de l’école de puéricultrices (IFSI) sur le site de Danielle-Casanova, Porte de Paris.

 

Le JSD : Plus largement, l’hôpital Delafontaine est-il toujours un outil adapté ?

YDN : Compte tenu de l’évolution démographique attendue dans les dix prochaines années, il va sans doute falloir un jour augmenter la capacité d’accueil de l’hôpital en l’agrandissant. C’est en réflexion avec la mairie. Une fois que l’IFSI aura déménagé, en lieu et place de l’actuel bâtiment, on pourra envisager l’agrandissement.

 

« Nous aussi nous subissons ces locaux qui ne sont plus du tout adaptés »

 

Le JSD :  L’hôpital a récemment été mis en cause par une maman pour les conditions d’accueil en pédiatrie. Qu’est-il prévu à ce propos ?

YDN : On a bien conscience que dans le bâtiment de 1976 les conditions d’accueil ne sont plus adaptées aux exigences d’aujourd’hui, mais cela ne remet en cause ni la qualité des soins prodigués ni celle du personnel. Nous aussi nous subissons ces locaux qui ne sont plus du tout adaptés. Nous disposons seulement de six chambres parents-enfants aujourd’hui. Pour le reste, nous proposons des solutions de couchage qui sont, sans aucun doute, loin d’être idéales. C’est une période intermédiaire. En pédiatrie, nous disposons de touts petits boxes où ne rentre que le berceau. Il y a à peine la place pour mettre une chaise pour les parents. C’est le fruit de l’histoire. À l’époque, on n’imaginait pas que le parent reste auprès de l’enfant. L’unité de soins continus va offrir un lieu dédié à ces enfants-là et libérer de la place dans l’unité pédiatrie pour développer les chambres mère-enfant.

 

Le JSD :  L’hôpital semble également amené à répondre de plus en plus à l’urgence sociale. Y parvenez-vous ?

YDN : Ce qui est particulier à Saint-Denis, c’est le nombre élevé d’assistantes sociales : 28. On gère un nombre important de patients avec des situations sociales très complexes. On a une commission hospitalisation longue pour les patients qui restent à l’hôpital faute de sortie au 115. Un exemple : je me souviens d’une maman qui est restée 42 jours hospitalisée suite à son accouchement. Heureusement, ce n’est pas toujours comme ça. 34% des séjours à Delafontaine sont dits précaires. On a donc développé une vraie expertise.  

 

Le JSD : Avec les intempéries de ces dernières semaines, la situation a dû encore empirer ?

YDN : Avec les inondations et le froid de ces dernières semaines, nous avons dû faire face à un afflux massif de population vivant dans la rue ou dans des camps. Nous avons donc décidé de prendre la situation à bras-le-corps et de leur ouvrir le hall B de 18h à 6h du matin, notamment pour accueillir les nombreuses familles à la rue avec enfants. En revanche, on est obligé de faire sortir tout le monde le matin parce que les patients arrivent. Et dans tous les cas, ce n’est pas l’idéal d’avoir tous ces enfants dans un centre hospitalier. En attendant nous pallions l’urgence.

 

Le JSD :  L’hôpital vient de signer une convention avec la Ville. Concrètement pour le public dionysien, quel est l’intérêt d’une telle démarche ?

YDN : L’intérêt c’est le parcours du patient. Quand un patient a besoin d’une simple consultation généraliste, ce n’est pas la peine qu’il attende des heures aux urgences. L’idée est que le patient soit traité au bon endroit le plus rapidement possible. Une consultation en centre de santé ou en maison médicale de garde est parfois beaucoup plus adaptée qu’un passage aux urgences. Chaque partenaire doit trouver sa place et connaître les filières de soins. Tout ça passe par le dialogue. On se met notamment d’accord au niveau de la communication auprès de la population.

 

« L’hôpital est le réceptacle de conflits dans les cités »

 

Le JSD :  Suite aux incidents de l’automne dernier (rixe aux urgences), les conditions de sécurité sont-elles réunies pour les personnels soignants ?

YDN : À Saint-Denis, on continue de développer, sur nos propres moyens, une politique de sécurité. On a installé des caméras et des vitres blindées. On a recruté des vigiles. On a passé une convention avec le commissariat qui leur permet d’intervenir très vite. Maintenant l’hôpital est le réceptacle de conflits dans les cités qui se terminent parfois aux urgences. Le risque zéro n’existe pas. Les personnels sont bien formés en la matière et ont développé une certaine expertise. Mais les incidents sont toujours aussi difficilement acceptables.

 

Le JSD :  L’actualité c’est aussi le lancement de la réforme de l’hôpital par le Gouvernement. Que pensez-vous des pistes de travail (plafonnement tarification à l’acte, chasse aux actes inutiles, augmentation de la chirurgie ambulatoire, etc.) qu’il a lancées ?

YDN : Ces pistes de réflexions sont nécessaires et heureusement qu’elles ont été lancées. Maintenant on a hâte que cette réflexion aboutisse à quelques solutions. Les hospitaliers ont toujours apporté la preuve de leur volonté de construire.

 

Le JSD : Quelle est la situation financière du GHT ?

YDN : Les situations à Gonesse et Delafontaine sont différentes. À Saint-Denis, le budget est à l’équilibre depuis trois ans, ce qui garantit notre capacité d’investissement et préserve la place du soignant auprès du patient. La situation n’en est pas moins difficile pour autant, d’où la nécessité de réfléchir à des pistes de réforme, sur la tarification au parcours du patient notamment. À Gonesse, la situation est un petit peu plus compliquée avec un déficit structurel de 10 millions d’euros lié à la construction d’un nouveau bâtiment. D’où l’intérêt de réfléchir à l’optimisation des ressources sur l’ensemble du GHT.

 

Le JSD : Mais ce ne sera pas à Delafontaine de boucher le déficit de Gonesse ?

YND : Non, le GHT ne fonctionne pas comme ça. Au sein du groupement, les hôpitaux conservent leur autonomie juridique et financière. Les uns ne paieront pas les dettes des autres, et personne ne mangera personne. L’idée est de trouver des axes de travail gagnant-gagnant. En mutualisant le service reprographie par exemple, on a réalisé une économie de 30%.

 

« Ce qui me rend le plus fière c’est le supplément d’âme des personnels de Delafontaine »

 

Le JSD :  Quel regard portez-vous sur le mouvement #balancetonHosto ? Vous ne manquez pas de moyens humains à Delafontaine ?

YDN : Sur les réseaux sociaux, la parole est courte et doit marquer les esprits, mais les situations sont souvent plus complexes. Dans les hôpitaux, il y a des problèmes, que l’on s’attache à résoudre par ailleurs. Mais on peut quand même être fier de notre service public hospitalier qui est au service du patient. Concernant la question des ressources humaines, là aussi c’est un peu plus complexe. À certains endroits, on manque de bras, à d’autres on manque de cerveaux, à d’autres on manque de compétences et de qualifications et à d’autres endroits l’organisation du travail se modifie comme avec l’automatisation de notre chaîne de laboratoire. Nous devons réfléchir à la façon dont on travaille en qualité et en quantité. Mais ça n’est pas qu’une question de quantité.

 

Le JSD : Où en est la situation des agents de service hospitaliers (une grève a eu lieu le 8 novembre) dont un grand nombre bénéficiait de contrats aidés ?

YDN : Du fait de la fin du dispositif d’emploi aidé, nous nous sommes lancés dans une réflexion sur l’externalisation de la fonction de bio-nettoyage qui existe déjà sur une partie de l’hôpital. L’idée pour les ASH c’est qu’ils deviennent agents des services dans les services. Nous avons la volonté que tout le monde trouve une solution, notamment pour les CDI et les titulaires, à travers la promotion professionnelle, la plupart des agents concernés aspirant à devenir aide-soignant.

 

Le JSD :  Une dernière question : qu’est-ce qui vous rend le plus fière de cet hôpital et ce qui au contraire vous soucie le plus ?

YDN : Ce qui me rend le plus fière c’est le supplément d’âme des personnels de Delafontaine, du fait de leur expertise de la prise en charge de cas complexes. Vous arrivez peut-être à Saint-Denis par hasard, mais vous n’y restez pas par hasard. En revanche, ce qui me cause souci, c’est qu’on commence à s’entasser les uns sur les autres, notamment nos chers médecins.

 

Propos recueillis par Yann Lalande

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