À la une En ville

153 emplois menacés à Canal+
/ « On n’a plus le moral pour travailler »

Ils étaient 80 salariés environ à avoir débrayé mardi 28 juin pour protester contre la fermeture de leur site dionysien du service clientèle de Canal+.
Mardi 27 juin, ils étaient environ 80 salariés à manifester devant leur site à Saint-Denis.
Mardi 27 juin, ils étaient environ 80 salariés à manifester devant leur site à Saint-Denis.

« Ils veulent fermer le site, nous, on va ouvrir nos bouches ! » Comme lui, ils sont environ 80 salariés de Canal+ à avoir débrayé, ce mardi 27 juin, pour protester contre la fermeture de leur site de service clientèle dans le quartier Stade de France. Au total, 153 emplois seront supprimés. « La direction ne veut pas que cela fasse du bruit. On veut leur envoyer un signal : on est solidaires et unis », continue cet employé en colère. Annoncée le 2 juin dernier par la chaîne cryptée, confirmant l’information du site Les Jours, cette décision doit prendre effet « d’ici la fin de l’année », selon les syndicats. 

« Quand on a appris la nouvelle, certains ont pleuré sur le plateau. On n’a plus le moral pour travailler », raconte cet employé, qui a plus de 20 ans d’entreprise comme de nombreux collègues. Ce service clientèle historique existe depuis la création de la chaîne en 1984. D’abord à Ivry-sur-Seine (94), il est installé à Saint-Denis depuis 2002. « Quand Vincent Bolloré a racheté Canal+, il avait promis aucun licenciement », indique Jean-Marc Janeau, délégué SNRT-CGT. C’est en 2015 que le milliardaire a pris le contrôle du groupe audiovisuel via sa maison mère Vivendi. Depuis, il le remodèle sa manière.

« Bolloré […] ferme le site de Saint-Denis et menace celui de Rennes (268 salariés) pour économiser 8 millions d’euros », dénonce les syndicats dans un tract. La direction justifie sa décision pour des raisons économiques : en France, Canal+ a perdu un demi-million d’abonnés en 2016. Mais le groupe devrait faire un bénéfice de 350 millions d’euros cette année, apprend-on dans L’Équipe du 28 juin. Les grévistes critiquent la stratégie d’externalisation des centres d’appels vers des pays où la main d’œuvre coûte moins cher, comme le Maroc, la Côte d’Ivoire ou l’Île Maurice.

« On n’est pas des moutons »

« En France, on emploie des techniciens conseillers et des conseillers clientèles. Ce sont des experts. Au Maroc ou en Côte d’Ivoire, ils font du basique. Les clients les plus exigeants, les plus énervés, atterrissent ici. On fait en sorte qu’ils ne partent pas, qu’ils restent fidèles à la chaîne », explique Luis Coelho, délégué syndical. « Ceux qui font vivre Canal+, ce sont les clients. Si on ne les fidélise pas, ça représente un coût », ajoute un salarié.

En fermant le site dionysien, la direction va concentrer son activité sur le site de Rennes, qui emploi 268 personnes, au prix d’une « réorganisation ». « Ce recentrage imposerait une renégociation de l’accord sur les horaires de travail pour adapter l’organisation et la présence aux flux d’appels réels des clients », informe, le 2 juin, la direction dans un communiqué. « Les salariés pourraient travailler jusqu’à 45 heures, de 4 heures à 10 heures par jour, avec des jours de repos changeants, proteste-t-on du côté syndical. Si les salariés refusent, la direction menace de fermer le site. »

« PSE à Canal+. Un seul emploi à supprimer : celui de Bolloré », ont écrit sur une banderole les manifestants que le maire de Saint-Denis Laurent Russier est venu soutenir. Ils ont ensuite rejoint la manifestation aux Invalides contre la future réforme du code du travail du président Macron. En effet, les syndicats critiquent les conditions du plan de sauvegarde de l’emploi (PSE), actuellement en négociation avec la direction. Cette dernière a promis d’accompagner les salariés dionysiens « pour minimiser les conséquences sociales de ce projet », avec de la formation, de la mobilité ou encore des départs négociés. Pour l’instant, c’est insuffisant pour les syndicats. « Sur environ 115 emplois proposés, 80 sont des postes d’informaticiens. Mais la majorité des salariés ont des bac +2 commercial. La direction propose des postes partout en France, voire dans le monde, alors qu’ils habitent tous en région parisienne », critique Jean-Marc Janeau. La situation varie selon les salariés. Pour ces trois personnes proches de la retraite, ils ne conçoivent pas d’entamer une formation ou de trouver un nouvel emploi à leur âge. Ils aimeraient une importante indemnité de départ. Un autre, beaucoup plus jeune, veut lui absolument quitter le groupe. « Hors de question de travailler pour eux », fulmine-t-il. Mais il veut se battre jusqu’au bout. « On n’est pas des moutons. » Les syndicalistes projettent le 2e round après les vacances d’été. Ils promettent de mettre un maximum de pression sur la direction à la rentrée.

Aziz Oguz
 

Réactions

Si le groupe Canal Plus réalise 350 millions d'euros de résultat net comptable sur l'exercice 2017 alors il n'y a pas de justification économique à la suppression de 153 postes de travail dans le centre d'appels de Saint-Denis. Rappelons qu'en 1985 la chaîne cryptée avait connu un déficit comptable de 330 millions de francs et que le pdg André Rousselet avait fait le choix de changer sa politique marketing en réorientant la commercialisation vers les foyers populaires de tout le territoire français et en renforçant les plages en clair. Les abonnements avaient redecollés. Mais en 2017 Jean-Christophe Thiery et Vincent Bolloré ont-ils une vision claire de la stratégie marketing de Canal + ?

Réagissez à l'article

(ex. : votre.nom@fournisseur-internet.com) Cette adresse ne sera pas publiée sur le site.
ATTENTION : Afin d'éviter les abus, les réactions sont modérées 'a priori'. De ce fait, votre réaction n'apparaîtra que lorsqu'un modérateur l'aura validée. Merci de votre compréhension.
CAPTCHA
Cette question nous permet de vérifier que vous n'êtes pas un robot spammeur
Image CAPTCHA
Saisir les caractères affichés dans l'image.