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Procès de Jawad Bendaoud
/ « Le plus médiatisé n’était pas le plus dangereux »

Le procès de celui que l’on a surnommé « le logeur de Daesh » et de ses co-prévenus Youssef Aït Boulahcen et Mohamed Soumah est arrivé à son terme. Dans son réquisitoire, le procureur de la République a été plus sévère avec Aït Boulahcen qu’avec Bendaoud et Soumah. Le jugement sera rendu ce mercredi 14 février.
Palais de justice de Paris, à l'extérieur de la salle d'audience
Palais de justice de Paris, à l'extérieur de la salle d'audience

Mercredi 7 février, la juge Isabelle Prévost-Desprez a clos, au 16e jour d’audience, les débats d’un procès hors norme : plus de 670 parties civiles, une centaine d’avocats, plusieurs dizaines de journalistes. La veille, dans son réquisitoire, le procureur Nicolas Le Bris a rappelé ce contexte particulier : la douleur que ravive ce premier procès lié aux attentats du 13 novembres 2015 et l’attente de « l’opinion publique et les médias », démultipliée par la présence de Jawad Bendaoud et son effet « vu à la télé ».

Le magistrat explique que l’institution judiciaire doit s’extraire de cette focalisation médiatique. « Il ne faut pas se laisser impressionner, au risque d’être aveuglé », argumente-t-il. Pour lui, « le plus médiatisé n’était pas le plus dangereux, loin de là ». Et il rajoute : « Les médias ont parlé du procès Jawad Bendaoud, mais pour moi, c’est le procès Youssef Aït Boulahcen. » Il a requis la peine maximale de cinq ans d’emprisonnement pour « non-dénonciation de crime » contre ce dernier. Il s’est montré plus clément envers Jawad Bendaoud et Mohamed Soumah en demandant quatre ans, alors qu’ils en risquaient jusqu’à six, pour « recel de droit commun » sans la qualification de terroriste.

Pour le magistrat, ces deux accusés ne savaient pas, malgré des mensonges, qu’ils venaient en aide aux fuyards Abdelhamid Abaaoud et Chakib Akrouh. Le procureur les compare à des « pièces rapportées ». Il décrit un projet terroriste bien huilé jusqu’au 13 novembre, qui déraille par la suite, à tel point qu’un complice en Belgique fait appel, deux jours plus tard, à Hasna Aït Boulahcen, « clé de voûte très particulière ». « Elle est plus ou moins junkie, plus ou moins alcoolique, 100% fan d’Abaaoud et elle fait preuve d’un grand amateurisme », souligne-t-il.

Les excuses et les regrets des prévenus

Elle fait le lien avec Jawad Bendaoud par l’intermédiaire de Mohamed Soumah. Nicolas Le Bris estime que le comportement des deux hommes n’indiquait pas qu’ils avaient conscience de participer à un projet terroriste. Il prend pour exemple le prix du squat négocié par Jawad, à savoir 150 euros pour 3-4 jours. S’il était impliqué, « il n’aurait pas demandé une somme aussi modeste, il l’aurait proposé soit gratuitement, par adhésion idéologique, soit à une somme beaucoup plus chère ». Néanmoins, « un faisceau d’indices » indique qu’en tant que « délinquants chevronnés », les deux accusés « ne pouvaient ignorer qu’ils apportaient leur aide à des criminels ». Il cite Jawad : « Pour moi, ils pouvaient avoir tiré sur des gens, avoir eu une embrouille de cité ». Il n’élude pas leurs « mensonges ». « Mohamed Soumah nous a manifestement menti sur la nature de ses discussions avec Hasna Boulahcen », souligne-t-il. L’accusé a répété que Hasna lui avait demandé un logement pour elle. Ce n’est qu’au dernier moment qu’il a compris qu’elle était avec deux hommes. Or, selon plusieurs éléments, il savait bien avant.

Concernant Jawad Bendaoud, le procureur a prévenu qu’il ne fallait pas « lui mettre un costume trop grand », en voulant absolument prouver que ce dernier savait pour les terroristes. Il a ainsi écarté quelques hypothèses, plus ou moins invraisemblables, évoquées par certains avocats des parties civiles. Pour Nicolas Le Bris, Youssef Aït Boulahcen présente « le profil le plus inquiétant » qui « lui fait froid dans le dos ». Le magistrat estime qu’il savait que sa soeur, Hasna, était en train d’aider leur cousin Abdelhamid Abaaoud. Son comportement questionne. Le magistrat critique son discours « très réfléchi » qui cache une « attitude de dissimulation » et « un silence complice ». « C’est un Français, enfant battu, placé en famille d’accueil, qui a prouvé son autonomie et qui respecte à la lettre les lois de la République », a défendu son avocat Florian Lastelle, qui a demandé la relaxe.

Les défenses des deux autres accusés ont aussi demandé la relaxe. « Jawad Bendaoud nous a fait rire à un moment où nous pleurions », a plaidé Xavier Nogueras. Mais il a expliqué que celui qui a été présenté comme « le logeur de Daesh » est « innocent ». Une nouvelle fois, Mohamed Soumah a présenté ses excuses. « Je suis désolé pour les victimes, les blessés, ceux qui ont perdu un être cher. » Comme soulagé, à sa manière, Bendaoud a lui aussi exprimé des regrets. Le Dionysien a assuré qu’il ne fera pas appel. « Je n’ai pas envie de vivre un deuxième procès. » Il a conscience que cette affaire lui collera à la peau : « Demain, quand je serai dehors, imaginez ce que je vais vivre. »

Aziz Oguz

Pour en savoir plus: 

Réactions

Et la porte blindée Mr Le Bris ? Ce 17 novembre 2015 le terroriste Abdelhamid Abaaoud exigeait un appartement avec une porte fortement blindée. Toutes les radios parlaient de l'attaque du Bataclan. Il est presque sûr que Jawad Bendaoud a fait le lien entre la demande de ses clients et les attentats commis deux jours plus tôt. Espérons qu'au moins Jawad Bendaoud soit condamné d'une interdiction de séjour à Saint-Denis.

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