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Face au manque d’hébergement
/ « Devoir dire non, c’est très violent »

Les acteurs de l’urgence sociale ne peuvent que constater le désastre : cette année, le nombre de personnes sans abri a explosé. Celui des enfants et des femmes enceintes à la rue aussi. Mais pas les moyens d’endiguer ces détresses.

Parce qu’ils aimeraient bien faire partie des préoccupations communes et qu’on leur accorde à eux aussi un peu d’attention, cette année les acteurs de l’urgence sociale de Seine-Saint-Denis qui viennent en aide aux personnes à la rue ont opté pour une communication festive. Du moins en apparence. Et autant que peut l’être un calendrier de l’avent pas encore ouvert. Car derrière les belles cases rouges numérotées, les photos légendées qui s’y trouvent disent toujours autant – mais peut-être avec plus d’acuité qu’un simple document chiffré – la situation dramatique des sans-abri, la souffrance des professionnels de terrain, la saturation des dispositifs d’urgence et le manque cruel de solutions d’hébergement (1).

Ces scènes qui font le quotidien des écoutants du 115, des maraudeurs du Samu social ou des bénévoles des Restos du Cœur révèlent toutes à leur manière une situation devenue aussi banale qu’elle est alarmante. Et sur laquelle les intervenants sociaux n’ont cessé au fil des ans d’interpeller la presse, d’alerter les pouvoirs publics et l’opinion, sans que rien ne change, sinon en pire.

« En 2016, ce sont 8 125 personnes qui, malgré leurs appels au 115, ont dû se résoudre à dormir dans la rue en Seine-Saint-Denis. Parmi elles, près de la moitié était des enfants. » Si ce chiffre est en augmentation de 41 % par rapport à  2014, il est «pourtant largement sous-estimé », précise Thomas Gestin, chef de service au Samu social 93, puisqu’« il ne prend pas en compte toutes celles qui ont renoncé depuis longtemps à composer ce numéro d’urgence sachant qu’aucune solution de mise à l’abri ne leur serait proposée ».

Un chiffre que les associations du réseau départemental de l’urgence sociale Interlogement 93 ont choisi de mettre en tête de leur lettre au Père Noël, qu’ils invitent tout un chacun à signer. Et qu’ils enverront en réalité au président Macron en autant d’exemplaires qu’ils recueilleront de soutiens à leur pétition (2). « Le fait qu’aujourd’hui on en soit réduit à demander un miracle au Père Noël, ça donne un peu à voir le degré d’épuisement des équipes. Sur le terrain, tout le monde est à bout… », rapporte Gérard Barbier, président d’Interlogement 93.

Avant d’envisager cet ultime recours, ils avaient longuement travaillé à « un plan d’urgence pour la veille sociale en Seine-Saint-Denis », qu’ils ont présenté aux autorités l’année dernière. « Au ministère, à la direction régionale comme à la préfecture, tout le monde nous a félicités pour l’élaboration de ce document pluriannuel. On nous a dit qu’il était super, cohérent, très bien étayé. Mais quand il a fallu mettre les moyens pour sa mise en œuvre, là ce n’était plus la même histoire… »

La Seine-Saint-Denis dispose de deux équipes mobiles professionnelles pour couvrir un territoire de 236 km2, soit un taux de couverture par maraude de 118 km2, alors qu’il est de 11 km2 à Paris. « Là on a obtenu péniblement cet hiver une troisième maraude, mais faute de moyens, elle ne tournera que trois soirs par semaine, déplore Gérard Barbier. Cette sous-dotation, ça fait des années qu’on la met en évidence, en vain. »

Et elle se ressent à tous les niveaux. « Au 115, on n’arrive à décrocher qu’un appel sur dix ! » Mais même avec un taux de réponse aussi faible, « on passe notre temps à répondre non. Pour les équipes, c’est très dur et très violent de devoir toujours dire non à des personnes en détresse ». Ainsi, le soir du jeudi 30 novembre, sur les 290 appels décrochés, après une durée d’attente moyenne de 78 minutes, seules 41 demandes de mises à l’abri ont pu être satisfaites. Les demandes non pourvues ont quant à elles concerné 249 personnes, dont 236 en familles. Ce soir-là, il neigeait. Ce sont ainsi 120 enfants, dont 33 âgés de moins de 3 ans, et 15 femmes enceintes qui ont été renvoyés à la rue, sans solution. « Et c’est chaque soir pareil. »

 


1)    Le calendrier de l’avent « Un Noël à la rue » est à retrouver en ligne : http://bit.ly/2iQ5TTT

2)    La pétition « pour Noël, demandons un toit pour chaque personne à la rue ! » est consultable ici : http://bit.ly/2zKBr0D

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