En ville

Entretien avec Laurent Russier, 4e partie
/ « On continue d’avancer sur la lutte contre l’absentéisme »

Le 3 décembre, Laurent Russier a bouclé sa première année dans le fauteuil de maire de Saint-Denis. L’occasion de faire un tour d’horizon à 360 degrés des sujets d’actualité. Ceux qui fâchent comme ceux qui réjouissent.
Vendredi 9 décembre 2016, le maire de Saint-Denis Laurent Russier annonce le retrait des propositions que rejetaient les personnels communaux
Vendredi 9 décembre 2016, le maire de Saint-Denis Laurent Russier annonce le retrait des propositions que rejetaient les personnels communaux

 

Stationnement

 

Le JSD : Question qui a beaucoup fait débat, au sein même de la majorité : la réforme du stationnement. Est-elle vraiment indispensable  à vos yeux?

LR : La réforme du stationnement, ce n’est pas pour se faire plaisir. On voit bien que, dans nos villes, la place de la voiture est envahissante. D’une part, on a besoin de mieux réglementer le stationnement. C’est une logique qui est déjà à l’œuvre depuis 15 ans : on a été une des premières villes à mettre en place un plateau priorité piétons. Souvent, avant bien d’autres on s’est dit : en banlieue aussi on a le droit d’avoir des espaces où piétons et cyclistes sont respectés. Cette réforme a aussi vocation à instaurer plus de rotation des véhicules qui stationnent en surface. À la Plaine, c’est honnêtement plus facile de trouver où se garer depuis la mise en place du stationnement réglementé. Pour les déplacements du quotidien, y compris pour les commerçants, je considère que c’est utile. La réforme ne se fait pas contre les automobilistes. Ça doit les inciter à réinvestir les parkings. Bien sûr, ça interroge la Ville, les bailleurs et les gestionnaires de parkings pour savoir comment mieux sécuriser ces derniers.

Cette réforme va aussi de pair avec tout ce qu’on fait sur les transports. Le Grand Paris Express, ça fait dix ans qu’on se bat pour qu’il arrive. Mais là aussi, on a une inquiétude, il ne faut pas que le gouvernement recule. Après, je suis conscient que pour des familles qui n’ont pas beaucoup de moyens, les 20 euros par mois demandés représentent un effort financier, mais adapter de la voirie à tous les nouveaux usages, ce sont aussi des coûts. Enfin je ne vois pas pourquoi ce qui est vrai à Aubervilliers ou à Pierrefitte ne le serait pas à Saint-Denis. Forcément, ce sont toujours les opposants qu’on entend le plus, mais il n’y a pas que des opposants.

 

Le JSD : Pour prolonger le propos, quel bilan tirez-vous de la journée sans voiture du 28 octobre ?

LR : On a voulu que ce soit vraiment une journée sans voiture dans le centre-ville. Il faut que les habitants s’habituent, ça a été compliqué. Mais pour moi, le bilan est très positif. Non seulement on a réussi à avoir des vraies campagnes de sensibilisation sur le vélo, la place du piéton… Ça me fait aussi réfléchir à ce plateau priorité piéton qui a plus de dix ans et dont il faut revoir l’usage. On voit bien qu’il y a trop de voitures désormais qui réussissent à y entrer. Il faut qu’on le rende plus étanche. Imaginons, pourquoi pas, flasher les plaques d’immatriculation des contrevenants. Tout en gardant un peu de souplesse, la nuit par exemple pour les gens qui se font raccompagner par des amis.

 

Personnel municipal

Le JSD : Il y a un an quand vous avez pris vos fonctions, vous avez dû faire face à un mouvement de grève massif des agents municipaux. Des Forums du personnel devaient se tenir fin novembre, ils ont été repoussés en février. Qu’attendez-vous de ces rencontres ?

LR : Lemouvement de grève était lié à des réformes repoussées par le personnel. J’ai souhaité pacifier la situation car rien n’est possible sans les agents municipaux et de Plaine Commune. Ce sont nos ambassadeurs. On a besoin d’être dans la confiance réciproque. Moi, j’ai une confiance forte dans nos agents. Et les ateliers de concertation qui se sont tenus cette année montrent qu’on a un personnel qui est très attaché au service public. J’ai entendu leurs inquiétudes. En même temps, on continue d’avancer sur la lutte contre l’absentéisme, qui malheureusement met à mal nos organisations et qui rajoute de la souffrance à la souffrance. Il faut réfléchir à nos organisations, aux conditions de travail… C’est tout ce travail de concertation qu’on mène depuis pratiquement un an. Ça ne sert à rien de se précipiter. Je souhaite que ce travail aboutisse à des propositions portées avec les syndicats. On a besoin d’un service public qui réponde aux évolutions du monde d’aujourd’hui.

 

Politique locale

 

Le JSD : Êtes-vous en mesure de garantir qu’il n’y aura plus de mouvement au sein de l’exécutif local d’ici la fin du mandat ?

LR : Depuis que je suis maire, l’équipe a toujours été en ordre de marche. On ne peut pas savoir de quoi demain sera fait, mais je souhaite de la stabilité dans l’équipe municipale. Je sais avoir une équipe municipale concentrée sur des objectifs municipaux partagés, mais qui est aussi riche de sa diversité. Les habitants n’ont pas envie d’avoir des élus qui ont le doigt sur la couture du pantalon. Il faut qu’ils continuent à apporter leur diversité à une logique d’équipe. Par contre, on a arrêté des objectifs qu’on doit assumer ensemble jusqu’à la fin du mandat, et toute l’équipe municipale les portera jusqu’au bout. Fier de la diversité de notre équipe municipale, à l’image de notre ville.

 

Le JSD : Êtes-vous amené à rester finalement président de Plaine Commune Habitat ? Quels sont les avantages et les inconvénients de la situation ? N’est-ce pas paradoxal de considérer que la fonction ne peut être cumulée avec un mandat de député, mais peut l’être à un mandat de maire ?

LR : Oui, je vais à nouveau solliciter le conseil d’administration de PCH pour en rester le président. En tant que maire de la ville où se trouvent les deux tiers du patrimoine de PCH, je suis déjà très impliqué. La deuxième chose, c’est la terrible attaque du gouvernement contre le modèle du logement social. Ca ne fait rien gagner aux locataires en pouvoir d’achat et ça entraîne pour les bailleurs sociaux moins de moyens pour la construction et la réhabilitation des logements et moins de services aux locataires. Pourquoi ne pas toucher au logement privé où les loyers sont plus élevés ? Pourquoi détruit-on l’encadrement des loyers dans le privé ? Derrière cette logique, il y a l’envie que le modèle du logement social devienne un modèle résiduel qui ne loge que les plus pauvres. À Saint-Denis, 50% des habitants vivent dans le logement social. Le logement social doit continuer à être du logement pour tous. Dans ce moment d’attaque forte contre ce modèle, il est nécessaire que le maire que je suis, et mes collègues maires du territoire, portent haut et fort la défense de ce modèle. Quand il y a des combats comme ça à mener, je préfère être en première ligne.

 

Le JSD : Vous avez fêté votre première année dans le fauteuil de maire, une question s’impose : serez-vous candidat à votre réélection en 2020 ? Si oui, quelle configuration appelez-vous de vos vœux pour cette élection ?

LR : Ce n’est pas la question du moment. Je n’ai pas entendu un seul Dionysien me la poser. Pour l’instant, priorité au travail, pour répondre aux urgences et à l’impatience des Dionysiens. Ce qui est certain en revanche, quelles que soient les reconfigurations politiques à l’œuvre, c’est le besoin du rassemblement le plus large sur la ville pour porter tous ces projets et répondre à ces enjeux. Rassemblement large de tous les progressistes de la ville pour faire reculer la politique de Macron. Sinon, à la fin de son mandat en 2022, on aura une ville, et un pays, avec plus d’inégalités, plus de violences, moins de règles, moins de protections. Je pense que les initiatives locales basées sur les habitants et les réponses locales qu’on peut apporter en termes d’investissement et d’emploi, sont fondamentales. Pour cela, on a besoin d’être le plus rassemblé possible, dans la diversité.

 

Fin de la quatrième et dernière partie de l'entretien.

Première partie : mi-mandat, propreté

Deuxième partie : ordre public, insécurité

Troisième partie : grands projets et finances locales

 

Propos recueillis par Yann Lalande et Sébastien Banse


Pour en savoir plus: 

Réactions

L'absentéisme recule??? C'est pas l'avis de la cours de compte. Toujours en train d'enjoliver les choses L. RUSSIER. Peut être que la cours de compte n'est pas compétente ?? 11 Millions de surcout annuel. Saint Denis... ville tellement riche... qu'elle se permet d'avoir du personnel absent. Il y a même d'urgence.... Pour ma part, il prépare 2020.... Il ne froissera pas son électorat militant. Je rappelle à L. RUSSIER qu'il n'oublie pas que P. BRAOUEZEC a appelé à voté MACRON au premier tour. Arrêter de jouer les vierges effarouchée alors qu'un de ses soutiens siège dans votre conseil municipal. L'ironie du sort.

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