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Mission d’évaluation de l’action de l’État
/ « On économise des millions d’euros sur le dos de la Seine-Saint-Denis »

Le 31 mai, Stéphane Peu a présenté avec six autres parlementaires les conclusions de leur mission d’évaluation de l’action de l’État en Seine-Saint-Denis. Un rapport édifiant, qui ne doit pas rester lettre morte pour le député de la 2e circonscription de Seine-Saint-Denis.
Stéphane Peu, en mars dernier à l'occasion d'une mobilisation contre les violences
Stéphane Peu, en mars dernier à l'occasion d'une mobilisation contre les violences

Le JSD : Quand on vit en Seine-Saint-Denis on ne découvre pas forcément une réalité nouvelle à la lecture de la soixantaine de pages du rapport. Quel est l’intérêt d’un tel document ?

Stéphane Peu : Il faut déjà rappeler que c’est la première fois que l’action de l’État est évaluée sur un département en particulier. On ne découvre peut-être rien. En revanche, ce rapport a le mérite d’objectiver les choses, quand malheureusement les problèmes pointés par les parents d’élèves, les élus locaux, les syndicats d’enseignants, les magistrats ou même les policiers sont souvent balayés d’un revers de main par les décideurs. Dans ce rapport on donne des chiffres sur les politiques de droit commun, parfois effrayants. On économise des millions et des millions d’euros sur le dos de la Seine-Saint-Denis. Et ces moyens en moins n’ont jamais été compensés par d’autres politiques. À ce titre, le rapport dément aussi totalement le discours de certains grands médias et de la technocratie qui répète à l’envi qu’on a mis beaucoup d’argent dans les banlieues. Le rapport dit aussi qu’en dépit des manques de moyens criants, l’implication des agents de l’État sur le terrain est très forte. La maltraitance du département est donc plus le fait des services centraux. Il faudrait plus de considérations pour les personnels et leur créativité.

Le JSD : Ce travail de fond (plus de 150 auditions menées), dont beaucoup de médias se sont fait l’écho, ne risque-t-il malheureusement pas de finir par prendre la poussière dans un bureau ?

SP : Déjà le rapport va donner lieu à un débat dans l’hémicycle en septembre, en présence des ministres concernés, à savoir Gérard Collomb, Monique Belloubet et Jean-Michel Blanquer. Ce sera l’occasion d’aborder le constat mais aussi les 15 préconisations contenues dans le rapport. Ensuite la mission va se transformer en mission de suivi des propositions qui auront été retenues.

Le JSD : Ce rapport peut vraiment permettre à des territoires comme la Seine-Saint-Denis d’obtenir quelque chose ?

SP : Oui, je crois, parce qu’il y a consensus politique au sein de la mission et que la parole est reprise par la représentation nationale. En faisant de ce sujet un problème national, on sort du sempiternel « c’est la faute à l’État ». Il s’agit simplement que chacun assume ses responsabilités, notamment sur les fondamentaux qui font qu’on se sent ou pas dans une république commune. Je ne crois pas aux territoires perdus de la République. Par contre, il faut que cette dernière cesse d’abandonner certains territoires, au risque de les perdre. Ce ne sont pas les habitants qu’il faut montrer du doigt mais les politiques publiques. D’autant plus que les habitants des couches populaires placent beaucoup d’espérances dans ces politiques publiques. En matière de sécurité notamment, les premières victimes sont les habitants de ces quartiers, qui sont doublement pris en otage : par les trafiquants qui leur rendent la vie impossible et par les pouvoirs publics qui ne se donnent pas les moyens de les protéger.

Le JSD : Paradoxalement, le fait que le président Macron n’annonce pas de plan banlieue peut-il aller dans le sens d’un rattrapage pour les politiques de droit commun dans les quartiers populaires ?

SP : J’ai posé une question au gouvernement en ce sens mardi 22 mai. Macron dit : « pas de plan Borloo », ce qui à mon sens est une bêtise. Ok. Mais est-ce qu’à défaut le gouvernement accepte de garantir aux habitants des quartiers l’égalité de traitement ? C’est un peu le sens de ce rapport. À défaut de mesures exceptionnelles, assurons le droit commun.

 

"Le gouvernement sature l’espace et donne le tournis aux députés"

 

Le JSD : Quel bilan tirez-vous de cette première année de mandat ?

SP : J’ai été très mobilisé sur toutes les questions afférant à la commission des lois et donc sur une multitude de sujets.Je me suis aussi efforcé de relayer au parlement toute une série de problématiques locales rencontrées en circonscription, comme le manque d’AVS ou les violences en milieu scolaire. En revanche, ce qui est très compliqué, c’est la façon de gouverner très peu respectueuse du parlement. Le gouvernement a beaucoup recours aux ordonnances et ainsi ne permet pas d’enrichir la loi. La mise en œuvre de la politique gouvernementale devrait se faire avec un minimum d’écoute. Or on est face à un pouvoir qui n’écoute pas. C’est une méthode de gouvernement un peu particulière. Et je crois que c’est dangereux…

Le JSD : Où est le danger ?

SP : Macron et sa majorité ont tendance à oublier qu’ils ont obtenu 24% des voix au 1er tour de la présidentielle, avec un record d’abstention, et qu’au deuxième tour, ils ont obtenu une majorité par la force des choses. Il n’y a pas eu un vote majoritaire d’adhésion en faveur des mutations ultralibérales qu’il propose. Il s’agit d’une politique extrêmement injuste et autoritaire qui crée un climat dangereux dans le pays. Et sur un sujet comme l’asile et l’immigration, le président flatte les franges les plus conservatrices et réactionnaires de la population française. La supercherie de la campagne électorale est levée. Macron n’est que de droite.

Le JSD : Pour autant l’exécutif n’est pas vraiment mis en difficulté ?

SP : Le gouvernement sature l’espace et donne le tournis aux députés. C’est annonce sur annonce. On passe deux lois par semaine au parlement. D’autre part, si le pays est en ébullition, les luttes ont du mal à être mises en perspective politiquement. La gauche est trop affaiblie au sortir de cette séquence politique. Un des immenses enjeux pour les partis de gauche est de donner une espérance politique. Dans des styles parfois un peu différents, avec La France insoumise, nous (les communistes) sommes d’accord sur 98% des sujets. Dans cette situation politique on ne peut pas faire la fine bouche sur l’unité politique de la gauche.

Le JSD : Quelle lecture faites-vous du projet de réforme constitutionnelle lancée par le gouvernement qui vise notamment à réduire le nombre de députés ?

SP : L’objectif est d’amoindrir le rôle du parlement, notamment en affaiblissant la capacité d’amendement et en diminuant le nombre de députés. J’y vois un affaiblissement de la démocratie. C’est simple, si vous demandez aux Français s’il y a trop de députés, ils vont tous répondre oui. Si vous leur demandez ensuite est-ce que vous voyez assez votre député, ils vont tous vous répondre non. Et enfin, si on demande, demain votre député n’aura plus 150 000 habitants dans sa circonscription mais 300 000, pensez-vous que vous allez le voir plus ? La réponse sera de nouveau non. La volonté politique derrière c’est d’avoir des députés techniciens, hors sol, comme c’est le cas de la plupart des députés En marche. Or, personnellement, je m’appuie beaucoup sur mon expérience locale dans mon travail de député. Pour essayer de remédier à certains problèmes, il faut être au contact direct des réalités du terrain et du vécu des habitants. Je pense donc que cette réforme est une régression démocratique. 

Propos recueillis par Yann Lalande

 

Le rapport en quelques chiffres

Éducation : 51,26 % le taux de remplacement des absences de professeurs des écoles en 2015-2016 en Seine-Saint-Denis, contre 78,41% en moyenne nationale.

Justice : 12 mois de délai d’audiencement au tribunal d’instance d’Aubervilliers et 8 à Saint-Denis, contre 5,7 mois en moyenne nationale.

Police : 9,4 % d’officiers de police judiciaire au sein de la direction territoriale de la sécurité publique du 93, contre 16,9% à Paris.

Réactions

Bonjour. D'après S. PEU, c'est toujours de la faute de l'état.... Mais personne ne l'a obligé à faire de la ville (et du 93 plus largement) un territoire des laisser pour compte. A un moment, il faut être réaliste. Les plus aisés de la ville sont parti parti car la ville était (elle l'est toujours d'ailleurs) un dépotoir. Je lui rappelle aussi qu'un macroniste est son collègue dans le conseil municipal et qu'il a fait campagne sur le terrain contre E. COQUEREL. Concernant la fine bouche, je crois que P. BRAOUEZEC ne sais pas ce qu'est la gauche puisqu'il bouffe à tous les râteliers. Je veux bien parler de politique d’espérance et tous le discours qui va bien... Mais il oublie que lui aussi à été élu avec une faible majorité au premier et une abstention très forte au premier et au second tour. Donc les leçons de moralité.... Concernant MACRON... il a été élu, la seule réponse est par les urnes. En 2020 au muncipale. 2021 aux régionales, et 2022 aux présidentiels. A vous de présenter une espérence pour les habitants de quartiers pauvres et de leurs proposer autres choses que de leurs rajouter une couche de misère à chaque fois. Cela a été votre methode pendant des années avec la CAF qui a financé tout et n'importe quoi. Résultat, vous avez des villes comme SAINT DENIS qui s'enfoncent dans la violence. Ce qui se passe à Gabriel Peri tout au long de la rue est un scandale et c'est pas les 7 agents pour la propreté qui vont changer quoi que ce soit. Je vous rappelle aussi, que vous avez été élu sur le programme d'un maire sortant qui nous disait qu'il faisait bon vivre... Qu'avez vous fait en 4 ans... Ah oui j'oubliais, la campagne pour les législatives. Les mecs en costume cravate qui défendent les plus faibles... Je les soupçonne plutôt de pratiquer double jeu.
Je suis tout à fait d’accord avec vous Azzedine, les personnes qui représente le 93 sont ceux qui ne souhaitent pas faire évoluer le département et ses villes. Les costumes qui habitent la ville mais qui ne sont pas au quotidien impliqués dans nos difficultés et nos vies ne sauront et ne pourrons pas faire changer le 93. Nos représentants ne nous représentent pas pour les bonnes choses et tant qu’il n’y aura pas un changement profond à ce niveau, nous continuerons à être le parent pauvre, pauvre en éducation donc pauvre en insertion et donc avec une demi chance qui se perpétuera comme seul model de référence pour nos jeunes. J’aime mon 93 parce qu’il vit et qu’il est en mouvement mais bloqué par un plafond de verre qui sont nos représentant.
Le rapport complet se trouve en ligne sur http://www.assemblee-nationale.fr/15/rap-info/i1014.asp et les débats qui ont eu lieu au cours de la réunion de présentation du rapport sont accessibles sur le portail vidéo du site de l’Assemblée nationale : http://videos.assemblee-nationale.fr/video.6105585_5b0fbed95e892.evaluation-des-politiques-publiques--action-de-l-etat-dans-l-exercice-de-ses-missions-regaliennes-e-31-mai-2018

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