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Université Paris 8
/ « À l’avenir je réagirai différemment »

Sollicitée depuis de longs mois, Annick Allaigre, la présidente de Paris 8, a finalement accepté de recevoir le JSD, le 4 octobre. L’occasion de revenir sur les événements du printemps, de faire un point sur cette première rentrée universitaire version Parcoursup et d’aborder l’avenir avec notamment les célébrations du cinquantenaire de la fac.
Annick Allaigre, présidente de l'université Paris 8 est revenue notamment sur les événements du printemps et le cinquantenaire de la faculté.
Annick Allaigre, présidente de l'université Paris 8 est revenue notamment sur les événements du printemps et le cinquantenaire de la faculté.

 

Les évènements du printemps

Le JSD : Vous avez été très discrète dans les médias pendant l’occupation du campus au printemps et au moment de l’évacuation des exilés, pourquoi avoir opté pour cette stratégie et pourquoi de nouveau communiquer maintenant ?

Annick Allaigre : Plus que de la prudence, j’avais besoin de travailler au jour le jour sur une situation délicate. Mes paroles se seraient trouvées rapidement dépassées par les événements qui survenaient. Une parole qui serait venue fixer les choses n’aurait pas été très adéquate.

Le JSD : Quel bilan tirez-vous de ce 2e semestre universitaire 2017-2018 très chaotique ?

AA : L’université a souffert notamment de la durée des mobilisations et de leur contemporanéité. Nous nous sommes trouvés en difficulté. Dans les derniers jours avant l’évacuation des occupants du bâtiment A (les exilés) on a même eu de la panique au sein de l’université. Nous avons travaillé à rassurer, mais nous nous sommes aussi interrogés sur ces événements et sur ce que l’université pouvait supporter. Concernant les examens de fin d’année, nous avons réussi à tout tenir selon des modalités différentes en fonction des formations et sans mettre à feu et à sang le campus (les opposants à la loi ORE, Orientation et réussite des étudiants,  empêchaient la tenue d’examens sur table). En économie, les derniers étudiants à avoir passé leurs examens l’on fait en septembre.

Le JSD : Au final, à combien s’est chiffré le montant des travaux pour réparer les dégâts inhérents aux deux occupations ?

AA : Deux bâtiments, le A et le B2 ont été impactés pour des raisons différentes. Le premier parce qu’il n’était pas adapté à l’usage qui en a été fait pendant plus de 5 mois (occupation par les exilés), l’autre parce qu’il a été systématiquement dégradé de façon inexplicable pendant le mouvement contre la loi ORE. Pour l’instant, la restauration des bâtiments suite à ces événements nous a coûté 400 000 €. Il faudra ajouter à cela les coûts d’achat de matériel et de renforcement de la sécurité. Une université ouverte aux quatre vents ce n’est plus possible. Au final, l’enveloppe d’1 million d’€ que nous avons obtenu du ministère devrait suffire.
 

« Il faut trouver un par un le chemin de l'insertion »

 

Le JSD : Y-a-t-il eu des poursuites engagées ?

AA : Encore faudrait-il identifier les personnes qui ont commis les dégâts. Pour nous, ce qui est passé est passé. En revanche je n’ai plus de tolérance. À l’avenir, je réagirai différemment. J’en suis certaine.

Le JSD : Une trentaine des exilés devaient pouvoir s’inscrire à l’université en cette rentrée. Qu’en est-il ?

AA : Ce chiffre correspond à la capacité d’accueil de notre diplôme universitaire français langue étrangère (FLE) créé il y a 5 ans pour des réfugiés. Nous avions ouvert cette année les inscriptions en priorité aux occupants du bâtiment A.
18 d’entre eux ont postulé. Nous avons ensuite mesuré leur capacité à suivre ce cursus. 5 francophones ont directement rejoint des filières de leurs choix. 4 ont été retenus en FLE. 3 ont eu des devoirs de vacances pour améliorer leur niveau de français parce qu’on ne recrute jamais des grands débutants pour ce diplôme. Aucun n’est revenu à la rentrée. Enfin, 6 ne remplissaient aucune condition pour intégrer le cursus. À ceux-là, nous leur avons indiqué des associations qui donnent des cours de français langue étrangère avec l’idée qu’ils puissent se représenter dans un an. On a essayé de trouver des solutions viables pour chacun. Certes, il y a des combats politiques, mais ensuite il faut trouver un par un le chemin de l’insertion.
 

La rentrée 2018

Le JSD : Contrairement aux doutes exprimés par certains quant au déroulé des travaux, la rentrée a pu se tenir en temps et en heure, comment avez-vous réussi ce tour de force ?

AA : Malgré les difficultés du semestre dernier, les services ont été extrêmement réactifs et ils ont tout mis en œuvre pour que la rentrée se passe dans les meilleures conditions. Nous avions prévu une enveloppe de 200 000 € dans l’éventualité de devoir louer des bâtiments si le campus n’avait pas été prêt et, fort heureusement, nous n’avons pas eu à les dépenser. Le mois d’août a été laborieux. Il y a eu jusqu’à 14 peintres en même temps sur le chantier.

Le JSD : Dans quelles conditions s’est passée la rentrée ?

AA : Sans minimiser les difficultés ponctuelles, nous sommes plutôt contents de cette rentrée. Nous gérons des aléas comme tous les ans.

Le JSD : Combien d’étudiants sont inscrits à Paris 8 cette année ?

AA : Paris 8 compte environ 22 000 étudiants. L’an dernier, nous avions comptabilisé 3 512 nouveaux étudiants en Licence 1. Cette année, nous en avons 4 296. Soit près de 800 étudiants supplémentaires. Les néo-bacheliers à eux seuls sont 600 de plus.

Le JSD : Certaines filières sont sous tension selon les syndicats étudiants : AES, économie-gestion, sciences-politiques ou arts plastiques… Quelles réponses pouvez-vous apporter ?

AA : Nous avons des collègues qui font beaucoup d’effort pour accueillir un maximum d’étudiants. Plus largement, nous avions obtenu pour cette rentrée 6 postes supplémentaires pour les filières en tension. Nous avions aussi reçu des enveloppes d’heures supplémentaires.

 

Loi ORE et Parcoursup

Le JSD : Au final comment s’est passée la « sélection » des étudiants à Paris 8 ?

AA : Chaque formation avait fait remonter au printemps des critères à partir desquels elle souhaitait recruter ses étudiants ou être choisi par ces derniers. Certaines disciplines ont été plus réticentes que d’autres et ont refusé de participer à l’évaluation des dossiers. Comme nous avions les critères, nous avons quand même pu dans ces cas-là faire travailler une commission. À l’avenir, j’aimerais que chaque formation reprenne ses prérogatives en la matière. Ça me semble essentiel.

Le JSD : Parcoursup a-t-il eu des conséquences pour l’université en termes de recrutement d’étudiants ? Certains professeurs craignaient une ghettoïsation ? Vous êtes-vous vu attribuer beaucoup d’étudiants sans affectation par le rectorat ?

AA : Nous avions des inquiétudes à ce sujet, connaissant la fascination légitime de certains étudiants pour Paris-centre. À ce titre, nous avions plaidé pour une sectorisation partielle. Au final, nous sommes plutôt agréablement surpris. Il n’y a pas d’hémorragie. Les recrutements sont là et de partout. Le recrutement a été assez ouvert. 87% de nos étudiants en licence 1 viennent d’Île-de-France, 42% sont originaires d’autres académies que celles de Créteil et 20 % viennent de Seine-Saint-Denis. Enfin, nous avons été très peu concernés par les affectations en procédure complémentaire du rectorat. Ils ont surtout sollicité les IUT et les BTS.

Le JSD : Avez-vous mis en place des dispositifs d’accompagnement dès cette rentrée pour les étudiants admis sous condition comme le prévoit la loi ORE (Orientation et réussite des étudiants) ?

AA : Quatre formations ont proposé ce genre de dispositif : AES, économie-gestion, mathématiques et sciences du langage. Ce sont 250 étudiants concernés. Ils sont donc acceptés en L1 sous la condition de suivre des modules supplémentaires, parce qu’ils ont eu une trajectoire scolaire nuancée. Tous les étudiants qui ont reçu ce type de proposition l’ont accepté. Avec des phénomènes étonnants. Certains étudiants admis de façon classique demandent à pouvoir bénéficier des modules complémentaires.

 

 

Les 50 ans de l'université 

Le JSD : Paris 8 va fêter ses 50 ans en janvier 2019. Quel est le programme des festivités ?

AA : Le lancement de notre année de cinquantenaire s’est fait au moment du Grand 8 fin septembre. Les festivités vont monter en puissance jusqu’au mois de juin 2019. La programmation n’est pas encore complètement arrêtée. Il y aura des temps festifs, mémoriels et scientifiques. L’idée c’est aussi de se projeter dans l’avenir. Nous souhaitons aussi à cette occasion renforcer notre lien avec le territoire.

Le JSD : En quoi l’université Paris 8 Saint-Denis Vincennes est-elle l’héritière du Centre universitaire expérimentale de Vincennes ?

AA : Nous avons su conserver la notion même d’expérimentation. Nous restons pionniers dans un certain nombre de domaines comme celui des études de genre par exemple. Nous venons de lancer le 20 septembre Artec, notre nouvelle école universitaire de recherche qui articule les arts, les lettres et les technologies. Je retiens aussi la dimension critique. Paris 8 est reconnue pour sa capacité à interroger notre société. Nous venons d’ailleurs de rejoindre une internationale des universités alternatives et critiques.

 

Les projets pour le campus

Le JSD : Quels sont les principaux projets pour le campus dans les prochaines années ?

AA : Notre maison de la recherche sera livrée en janvier. Les équipes de recherche de l’université qui l’ont souhaité s’y installeront. C’est un lieu essentiel de visibilité pour ces dernières. Nous allons aussi faire évoluer certains bâtiments, dont le A, qui ne correspond plus aux usages, à l’horizon 2022. Enfin, nous avons reçu une enveloppe budgétaire pour refaire l’ensemble de la clôture du campus, trop disparate et fragile. L’idée c’est aussi d’embellir le campus avec cette nouvelle clôture.

 

Propos recueillis par Yann Lalande

Réactions

Bonne interview – la première réponse de la Présidente a de quoi déconcerter : en raccourci, « nous avons laissé les personnels se démerder seuls à gérer le capharnaüm parce que les évènements se succédaient !!! ». Drôle de conception d’une présidence ! Si effectivement cette Présidente a fait preuve d’efficacité pour la réhabilitation ultra rapide des locaux, il n’en demeure pas moins que les plaies auront du mal à se cicatriser et les rancœurs inter personnels resteront présentes pendant pas mal de temps encore. A noter que dans une autre interview (au Parisien) la Présidente parle de 2,4 millions d’euros de réhabilitation et non pas d’un million d’euros.
Du mouvement mai 68, ayant pour conséquence la création du Centre universitaire expérimentale de Vincennes, aux mobilisations étudiantes du 2° semestre 2017, menée par une poignée d'individus d’extrême gauche dans l'actuelle université PARIS VIII, en cinquante ans, nous sommes passés d'une lutte universaliste dite «des classes» à celle communautariste dite «des races» où la culture humaniste enseignée à PARIS VIII a été remise en cause par sa trop grande blanchité par une poignée d'identitaires racisés. Rappel : il faut savoir que les révoltes étudiantes entre mai 68 et 1978 auxquelles j’ai participé à une, ont été des révoltes d’excellence avec des étudiants d’excellence, dans des facs d’excellence situées dans des villes d’excellence et où l’on souhaitait la démocratisation de l’excellence dans les milieux modestes. On ne prônait pas la démocratisation de la médiocrité intellectuelle avec des diplômes bradées comme c’est le cas actuellement imposée à des étudiants sans repères par une extrême gauche, en quête d’un nouveau business politique basé dorénavant sur un nouveau prolétariat dit racisé. Ces révoltes étudiantes récentes devrait conduire également l'université de PARIS VIII à trouver une mixité d'études, l'une alliant l'excellence des diplômes à finalité professionnelle et l'autre par la création d'une ZAD de type refuge spirituel à caractère culturel, non religieux pour tout ceux qui ne se reconnaissent plus dans ce monde matérialiste, superficiel où la culture de la force prône de plus en plus sur la culture de la raison. Cette ZAD aurait une finalité curative pour certains jeunes en déficience de confrontation du monde actuel. On leur apprendrait à devenir cool dans ce monde de bruts. Rappel:Il existe bien une ZAD religieuse depuis le moyen âge qui s'appelle le monastère.

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