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Saisie d'armes à la cité Jacques-Duclos
/ « Cette intervention ne doit pas rester un coup d'éclat »

Après la découverte jeudi dernier d'une véritable cache d'armes et de drogues dans la cité Jacques Duclos, les habitants, le bailleur et la municipalité sont plus déterminés que jamais à faire cesser les trafics et à obtenir de l'Etat les renforts policiers qu'ils réclament de longue date.
C'est dans un ancien local a vélo de la cité Jacques Ducols que plusieurs armes et des stupéfiants ont été saisi jeudi 17 août par les services de police.
C'est dans un ancien local a vélo de la cité Jacques Ducols que plusieurs armes et des stupéfiants ont été saisi jeudi 17 août par les services de police.

Un lance-roquette, des explosifs, deux fusils à pompe, des munitions, 40 kg de résine de cannabis, dix mille euros en liquide et du matériel de police (gyrophares, gilets pare-balles…). Tel est l’impressionnant arsenal saisi jeudi 17 août par les services de police dans la cité Jacques-Duclos, située au Nord de Saint-Denis. Le tout dissimulé dans un ancien local qui faisait office de véritable cache d’armes et de drogue, comme l’a révélé le Parisien ce dimanche 20 août.

Selon le quotidien, cette opération est le résultat d’une enquête menée par l’Office central de lutte contre le crime organisé (OCLCO), en charge de la lutte contre le grand banditisme. Dans la foulée de cette perquisition, deux hommes de 30 et 40 ans, soupçonnés d’avoir fourni des armes « aux nouveaux braqueurs des quartiers sensibles de la région parisienne » ont été interpellés à Jacques-Duclos et au Franc-Moisin. Ils ont été mis en examen samedi soir à Paris pour trafic d’armes et de stupéfiants et écroués.

Plusieurs personnes ont été entendues dont un gardien, recruté récemment par l’office Plaine Commune Habitat et affecté sur le site Duclos depuis moins de trois mois. « Si des charges devaient être retenues contre lui, une procédure de licenciement serait immédiatement lancée », a indiqué le bailleur, qui a également fait part à la police de sa volonté de se porter partie civile.

« Il faut que la situation puisse être assainie durablement »

« Ces faits sont gravissimes », a réagi le maire Laurent Russier qui se félicite dans un communiqué de l’action de la police. « La municipalité, en lien avec les habitants et le Plaine Commune Habitat, alerte depuis longtemps le commissariat et la préfecture sur les faits graves de délinquance sur ce site. » Même réaction du côté du bailleur Plaine Commune Habitat qui estime que « les enquêtes et interventions, comme celles qui s’est déroulée jeudi dernier doivent impérativement s’intensifier en lien avec un conséquent renforcement des services de police ».

La crainte, c’est que cette intervention « reste un coup d’éclat », explique Sébastien Longin, directeur général de cet office HLM. « Car malheureusement la question des trafics ne se résument pas à cette saisie, aussi impressionnante soit-elle. Bien entendu, cela en fait partie, mais cela en fait partie seulement. Ce qu’il faut maintenant, c’est que la situation puisse être assainie durablement. » Car si l’endroit est connu pour être un haut lieu du trafic de drogues, difficile de savoir pour l’heure si cette affaire visiblement en lien avec le grand banditisme, a à voir avec les « affaires courantes » du deal dans cette cité, qui n’en génère pas moins son lot de nuisances et de violences. Et pour les habitants, quel que soit le fond du dossier, « c’est la goutte de trop ».

Montée en puissance du trafic et des nuisances

« On n’en revient toujours pas, on n’a pas de mots, soupire une locataire qui habite la cité depuis plus de trente ans. On sait très bien qu’ici il y a du deal. Et comme on dit, là où il y a de la drogue, on peut craindre qu’il y ait des armes. Mais de là à imaginer l’existence d’un tel trafic en bas de chez nous, ah ça non, impossible… » Un sentiment partagé par l’ensemble des habitants rencontrés ce lundi, soit quatre jours après cette saisie d’envergure.

Abasourdis, dépités, en colère, fatalistes voire remplis d’effroi, comme cette grand-mère qui en est presque à culpabiliser d’avoir accueilli la semaine dernière sa petite fille chez elle, alors que la cité abritait un tel arsenal. « Moi ça fait longtemps que ma fille refuse de venir me voir, et pourtant elle a grandi ici, soupire une autre femme. Elle me reproche même de ne pas envisager de déménager… »

Quitter le quartier « DDF » (qui regroupe les cités Duclos, Dourdin, et Fabien) devenu l’une des places fortes du deal dionysien, certains avouent y songer. « D’ailleurs, beaucoup de familles sont déjà parties, dont plusieurs dans mon bâtiment. Mais pour l’instant, moi je refuse de lâcher. »

Aux dires des anciens, si le problème du deal à Duclos est loin d’être récent, les choses se sont durcies ces derniers temps. « Il y a à peu près un an, on s’est rendu compte qu’ils vendaient autre chose que du cannabis quand on a vu leur clientèle changer. Avant les acheteurs pour beaucoup étaient des jeunes, maintenant, c’est surtout des hommes de 40 à 65 ans et quelques femmes très abîmées. »

Un passage à la vente de drogues dures qui est allée de paire avec une montée en puissance du trafic. « Avant, c’était souterrain, on voyait très peu de guetteurs, le deal était invisible. Maintenant, c’est l’inverse, ce n’est plus caché du tout. Ils exercent aux yeux de tous, en toute impunité, comme s’ils avaient pris possession du quartier. » Si les habitants se disent déconcertés par « autant d’aisance », c’est aussi cette organisation du réseau dans cette forme décomplexée et cette espèce de cohabitation forcée avec le deal qui alimentent leur sentiment d’insécurité.

« C’est là sous nos fenêtres, au bas de nos escaliers, on ne peut pas y échapper. Même avec le double-vitrage, on les entend hurler pour avertir leurs complices dès qu’il y a un passage de la police ». « Et tout ça fait que les gens ont peur, renchérit une dame. Les mamans, surtout qui craignent qu’ils entraînent leurs enfants. On voit des pauvres jeunes qui se retrouvent impliqués. Et ça, c’est quelque chose qui fait mal aussi. »

Un rendez-vous avec le Préfet prévu pour septembre

Cette situation, les locataires, le bailleur et la Ville la combattent de longue date. « Plaine Commune Habitat a ainsi alerté la préfecture à maintes reprises sur la situation grave de cette cité », rappelle le bailleur qui en concertation avec les locataires et la Ville a pris la décision avant l’été de condamner un des deux parkings de la cité qui accueillait le plus gros du trafic, dans le cadre d’importants travaux de sécurisation.

En novembre 2016, Stéphane Peu, l’ancien président de cet office qui, outre cet ensemble de 400 appartements gère un total de 18 000 logements sociaux dans sept communes de Seine-Saint-Denis, était allé jusqu’à engager une action en justice contre l’État pour dénoncer de concert avec la municipalité l’insuffisance des moyens policiers sur le territoire et exiger davantage de sécurité.

Des actions récurrentes pour tenter de mettre fins aux trafics auxquelles s’associent les locataires qui ont de leur côté monté le collectif des Citoyens debout contre les trafics. En avril et en juin dernier, ils sont allés avec la Ville manifester leur colère sous les fenêtres de la préfecture pour réclamer davantage de présence policière et de protection. Un rendez-vous avec le préfet est prévu pour septembre.

Compte tenu de cette actualité, les habitants espèrent être reçus « le plus rapidement possible ». « Au vu de ce qu’il s’est passé la semaine dernière, on voit bien que ce n’est pas un caprice des habitants, quand ils disent qu’il y a ici un danger sous-jacent. Il est urgent que nos demandes soient entendues », avertit la première adjointe Jaklin Pavilla qui espère que ce rendez-vous sera aussi l’occasion pour la municipalité d’appuyer le retour d’une véritable police de proximité, évoquée dernièrement par le président de la République et que la Ville appelle de ses vœux.

 


Réactions

Bonjour à tous. Cet événement est l'illustration de l’abandon des quartiers les plus défavorisés aux plus forts et aux plus violents. Les élus semblent choqués mais c'est le quotidien de milliers d'habitants de la ville ou les cris à longueur de journée et de nuit sont usant pour l’âme. Mais c'est surtout une absence totale d’échappatoire pour une population fatiguée et qui subit. L'abandon de la république mais aussi l'abandon de la municipalité qui a pendant des années fermée les yeux sur un trafic de drogue qui a gangrené la ville. Trafic de drogues qui a permis d'acheter la paix social car il était caché mais tous le monde savait. Municipalité compris. Tout le monde trouvait son compte. Les élus sont réélus, les trafiquants trafiquaient. Le meilleur des mondes. Mais maintenant, la municipalité ne sait même plus ce qui se passe car c'est une prise en otage de plusieurs quartiers qui est en marche et qui va prendre la ville en otage (l'incendie cet été des 4 voitures de la police municipale l'a malheureusement prouvé). DDF, Péri, floréal saussaie courtille, etc... sont minés par le trafic de drogues. A Péri, les guetteurs ont été remplacés par des sans papiers tunisiens fumant des joints à longueur de journée. Au delà des communiqués de presse et autres envolées lyriques larmoyantes sur les manques d'effectifs policiers, c'est toute la politique de la ville de Saint Denis qui est à remettre en cause. Le travail d'inventaire est indispensable mais personnes à la tête de la municipalité n'a eu le courage de le faire et de nommer les vrais responsables de ce gâchis humain sans précédent. Il faut redonner de la dignité aux plus faibles de la ville. Leur donner encore envie de vivre à Saint Denis, que les choses peuvent s’améliorer. Il est toujours possible de changer... il y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis. J'espère que nos élus changeront un jour de logiciel politique et qu'ils soient réellement élus par la population et pas par les militants ou des obligés (cf le taux de participation des élections locales). J'attends les contradicteurs avec des arguments.... mais des vrais arguments. PS: J'oublie ma traditionnelle dédicace à celui qui nous disait : "il fait bon vivre à Saint Denis". On ne l'entends plus et pourtant toujours au conseil municipal... Hein Didier.
Il faut fermer à clés tous les locaux techniques de la cité Jacques Duclos. Plaine Commune Habitat doit investir dans la pose de serrures solides pour ses locaux techniques (comparaison de devis de bons serruriers). Cela n'empêchera le trafic de continuer, mais peut-être que cela le compliquera et que cela aidera la Police Nationale. Merci au JSD pour ce bel article malgré le sujet.
Vendredi 4 août 2017 plusieurs trafiquants de drogue ont incendié quatre voitures de la Police Municipale. Cela signifie que les policiers municipaux de Saint-Denis gênent les dealers par leur travail de tranquillité publique. Il faut les encourager et remercier l'ancien maire Didier Paillard d'avoir augmenté leurs effectifs. Il faut maintenant convaincre le maire Laurent Russier d'équiper d'armes de catégorie B les fonctionnaires ayant réussi leur formation. En France les policiers municipaux armés suivent obligatoirement une formation préalable à l'armement de 45 heures et une formation d’entraînement au maniement des armes. Si et seulement si le niveau d'aptitude est jugé suffisant alors le Centre national de la Fonction Publique Territoriale délivre une attestation de réussite. Mr Le Maire de Saint-Denis investir dans ces armes et dans ces formations c'est plus de tranquillité publique pour les dionysiennes(iens) et pour tous les usagers de la ville.
Soyons pragmatique Pourquoi des villes en province possèdent des quartiers HLMs où il fait très bon de vivre avec très peu de délinquance et peu de surveillance policière. Pourquoi la délinquance à ST DENIS est elle caractéristique d'une délinquance typique d'une ville du tiers monde comme RIO DE JANEIRO? la réponse est idéologique!!!! Tout est lié à la politique de sélection des habitants en tant que futurs locataires des HLMs. A ST DENIS, on est passé du communisme à une altermondialisation forcée de la population avec un apport d'une population étrangère vivant dans une précarité sociale en HLM en remplacement des français de souche fuyant la paupérisation de la ville. Petit rappel: le communisme historiquement n'a jamais été synonyme de pauvreté socio-culturelle et de précarité sociale de la population. J'ai connu des villes communistes respirant la richesse en province dans les années 70 et 80. Il y en a encore actuellement. Il est vrai que la misère est devenu un business politique à ST DENIS. Les élus dionysiens veulent éviter un afflux important de classes moyennes à ST DENIS pour s'assurer une pérennité de pouvoir. Bref, ici le grand responsable de cette délinquance est liée à des choix politiques et non à une déficience de policiers dans les quartiers. Chers élus prenaient vos responsabilités au lieu de les fuir comme cela est indiqué dans les 2 communiqués de presse.

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